Il était une fois dans l’Ouest…

La Serenata est le festival folklorique de Cafayate célèbre dans toute la région. Il attire des milliers de personnes et dure 3 jours. L’événement est très familial. Petit à petit, le camping se remplit…

Nous hésitons à rester, mais les vélos ne sont pas encore remontés et nos estomacs ont été malmenés par des tortillas fromage/maïs!! Nous ne nous sentons pas suffisamment en forme.

Ce sera aussi l’occasion de découvrir un nouveau pan de la culture argentine. Nous profitons de la piscine et des festivités. Nous goûtons la glace au vin, très célèbre ici…

…avant de déguster vraiment quelques cépages locaux, à la bodega « El Porvenir » (dont le vin se trouve facilement à Montpellier!!!! :))). C’est la saison des vendanges, encore manuelles. Les vignes sont soit très basses, à l’ancienne, soit très hautes et les récoltes se font debout. Les machines à vendanger sont encore très peu répandues ici – il y a un marché à prendre. Elles viennent parfois des grandes exploitations de Mendoza pour quelques semaines et travaillent alors à plein temps.

Le soir, nous dégustons une « milanesa complète », le plat national bien protéiné: une tranche de veau pané avec deux œufs au plat et des frites!

Dans la rue, chaque groupe de danse folklorique défile dans une avalanche de couleurs, de plumes et de paillettes, derrière un pick up avec sono à fond! C’est aussi la période des carnavals et nous échappons de justesse aux bombes de peinture et de mousse! Nous faisons sensation avec nos vélos et nous arrêtons tous les 10 mètres pour une séance photos et explications. Nous rencontrons même une famille qui nous avait déjà croisés à El Bolson au sud de Bariloche. L’Argentine n’est pas si grande finalement!!

De retour au camping, nous nous apercevons qu’il y a en fait un « festival Off », avec musique à fond, chacun sa sono, chacun son style mais toujours à plein volume… et toute la nuit. Entre la chaleur, le bruit et nos estomacs, les nuits ne sont donc pas trop réparatrices. En plus, le matelas de Fanny a une hernie qui se propage peu à peu, il se dégonfle donc toute la nuit…

Mais, nos voisins sont adorables. Ils nous offrent leur auvent de caravane pour le soleil et les quelques gouttes du matin. Nous discutons autour de la grille de barbecue partagée et suivons leur conseil pour réussir un asado argentin! Ils nous demandent ce qu’il nous manque pour partir le lendemain et reviennent avec du fromage pour les prochains jours. Après une nuit encore très bruyante, quand nous nous réveillons le matin, de nouvelles tentes, et donc de nouvelles baffles se sont installées autour de nous. Le concours de celui qui fera le plus de bruit et qui fera griller le plus de viande est ouvert. Mais tout ça, dans une ambiance détendue et bonne enfant où tout le monde s’entraide, rigole et nous demande si tout va bien… Peut-être a-t-on des petits yeux!! Néanmoins, quand nous sentons que nous nouveaux voisins, – qui viennent d’arriver avec un chargement sur le toit parce que le coffre est occupé par un impressionnant système de baffles -, sont prêts à étendre leur linge sur nos vélos, nous nous disons qu’il est grand temps de mettre les voiles et de retrouver un peu de calme.

En traversant Cafayate, nous nous apercevons que chaque mètre carré libre, dans les jardins, en bord de rivière, est occupé par des tentes. Finalement, nous avions beaucoup d’espace au camping!!! Nous nous éloignons peu à peu de la ville pour retrouver la tranquillité de la nature. Le vent s’est levé, de face et nous peinons à avancer! Mais quel plaisir d’être à nouveau sur la route. Nous trouvons un bivouac en plein désert, sous un arbre et abrité du vent par un grand bâtiment. A peine descendues du vélo, les filles jouent dans le sable rouge, s’inventant une épicerie de cailloux. Le soleil se couche alors que nous montons la tente avec Damien… Routine de voyage où chacun a sa mission, même si celle-ci varie d’un soir à l’autre, les filles y participent ou non selon leur envie, leur besoin de jouer ou de lire, on gonfle les matelas, nous sortons les duvets si nécessaire, et les sacs à habits qu’on utilise comme oreillers, on range les sacoches sous le auvent, nous lançons le repas…. et ce soir, dînons à la frontale au milieu des cactus.

Au petit matin, les premiers rayons du soleil éclairent les montagnes et les nuages alentours. Nous nous ravitaillons en fromage et en délicieux raisins à la ferme voisine et commençons notre descente de la quebrada de las Conchas.

Nous longeons une rivière rendue très boueuse par les orages quotidiens. Impossible d’y prendre de l’eau sans endommager le filtre. Nous évoluons dans un décor de far west et de grand canyon: des gorges rouges, des falaises arides auxquelles s’accrochent des buissons épineux, des cactus, un soleil de plomb et toujours ce même vent de face. L’érosion a encore une fois sculpté toutes sortes de formes et partout où nous tournons la tête, nous contemplons des cheminées de fée ou des lits de rivière asséchés qui ne demandent qu’à couler.

Quand on s’aventure hors piste pour la pause déjeuner, il faut veiller aux aiguilles d’épineux, toujours très traîtres. Nous nous abritons alors à l’ombre d’un arbre, ou bien dans quelque « parador », restaurant de bord de route, pour nous désaltérer ou nous régaler d’empanadas ou de tamales, sorte de beignets de maïs et de viande. On carbure au Coca. Et bientôt à la feuille de coca, pour l’altitude… Ici, on vend « bica y coca », des feuilles de la célèbre plante, accompagnées de bicarbonate de soude pour en augmenter les effets, apparemment immédiats. On va attendre l’altiplano pour goûter.

Nous dormons sous les étoiles, à l’ombre d’une gorge secondaire, avec pour seuls voisins les perruches vertes nommées « loros » et deux ânes solitaires, apeurés par notre campement.

Le lendemain matin, nous sommes les premiers sur le site de « l’amfiteatro », une immense salle à ciel ouvert, sculptée par les eaux et le vent dont les parois feuilletées se sont inclinées lors des nombreux mouvements terrestres. Grandiose! A quelques kilomètres, la « gargantua del diablo » est déjà prise d’assaut par les touristes mais c’est un merveilleux terrain d’escalade pour les filles. Elles s’en donnent à cœur joie dans les différents étages qui nous mènent à l’ultime dalle inclinée. Nous nous sentons bien petits au fond de ces gorges naturelles.

Nous reprenons la route, toujours émerveillés par les paysages environnants, le mélange des couleurs, des dégradés de vert, de rouge, du bleu. Malgré la circulation intense, nous profitons de chaque image, de chaque tour de roue, de chaque virage! Plus nous nous approchons de Salta, plus les montagnes verdissent, plus il fait chaud et humide.

A Alemania, dans une gare désaffectée, transformée petit à petit en musée, nous campons entre les rails. Lecture, jeux, lessive. Manon part faire quelques courses. Depuis que nous sommes dans le Nord e l’Argentine, nous nous ravitaillons dans des « kiosco », toute petites épiceries, dans laquelle on ne rentre pas, mais où nous commandons ce que nous souhaitons – ou pouvons! – d’une fenêtre. Ici, pain frais, jus de fruit et bière Quilmes pour l’apéritif vendue en cachette car sans licence!

La route pour rejoindre Salta devient monotone après Alemania. Heureusement, elle descend doucement. Il fait très moite. Nous longeons de nombreux champs de tabac, et nous faisons doubler par de longs camions, transportant les fameuses feuilles. Notre route est ponctuée de haltes agréables: la place ombragée de Vina, le temps d’un pique nique de 4h pour éviter les grosses chaleurs, le camping de Coronel Maldes, avec sa piscine, et son barbecue – encore une fois, nos voisins partageront avec nous leurs délicieuses grillades! – , un restaurant fermé qui nous laisse pique niquer à l’ombre de son auvent. Nous y jouerons avec Isabella, Guada et leurs cousines au Uno, Memory, élastique, dessin…. bref, une vraie cour de récré avec 7 petits filles!

Nous arrivons à l’heure du goûter sur la place de El Carril, petite ville située à 20 km de Salta. Il y a beaucoup d’animation, des enfants profitant des derniers moments de vacances, des familles faisant les courses. On se régale du raisin local et de pâtisseries régionales…. sans oublier le pop-corn ou « pochoclo » ici, qu’Héloïse est allée acheter au « monsieur avec la carriole bizarre ». On se régale d’observer toute cette agitation, et cette vie locale. En allant chercher de l’eau à côté de l’église, je croise le prêtre et lui demande l’autorisation de camper dans le jardin de l’église, ce qu’il accepte volontiers. Nous voilà donc en train de monter la tente en plein centre ville , lieu idéal pour aller manger une petite glace après le repas. L’argentine est vraiment le pays de la glace, les Argentins en raffolent et nous aussi!!!

Le lendemain, après quelques détours à travers champs et quelques portions de pistes cyclables, nous arrivons à Villa del Sol, à l’est de Salta, sur la route vers San Antonio de los Cobres, l’une de nos potentielles prochaines étapes. Nous nous installons dans une cabana et c’est quand même un plaisir de retrouver un lit et des murs. La tente, sous 38°C humides, c’est dur et nous sommes heureux de ce petit confort.

Samedi, nous partons visiter Salta en bus. Il nous faut trouver un nouveau matelas et des chapeaux pour affronter le soleil de l’altiplano. Mission réussie rapidement!! Nous pouvons alors découvrir les richesses de la ville.

La rentrée approche et les rues sont bondées pour les achats de dernière minute. Quelle animation! Nous en profitons pour visiter le MAAM, Museum de Arqueologia de Alta Montana (pas de photos, elles étaient interdites). Nous en apprenons beaucoup sur la culture Inca et les momies découvertes en 1999, sur les pentes du volcan Llullaillaco à plus de 6000 mètres d’altitude. A partir du 15ème siècle, le nord-ouest argentin est sous domination Inca, comme une grande partie du reste de la côte Ouest de l’Amérique du Sud. Ainsi, ils répandaient leurs traditions culturelles et religieuses, l’une d’elles étant le sacrifice des plus beaux enfants de familles nobles. Trois momies d’enfants, deux filles et un garçon, ont été retrouvées à 6700 mètres. Comment les Incas pouvaient ainsi escalader des montagnes sans équipements pour se rapprocher au plus près du Soleil et « offrir » leurs enfants? L’une des momies est exposée dans le musée, dans une vitrine où les conditions atmosphériques reproduisent celles de leur milieu originel, avec le choix pour les visiteurs de la voir ou non. Cette visite nous a beaucoup interpellés et a engendré de nombreuses questions, notamment de la part de Lucie, toujours très attirée par le côté spirituel des choses. Pourquoi sacrifier des enfants? Les parents n’étaient-ils pas tristes? Et les enfants? Comment a-t-on pu les « momifier » en position assise? Est-ce qu’on avait le droit d’exhumer leur corps? Oui, mais grâce à cela, on en connaît un peu plus sur les Incas? Oui, mais, alors, est-ce bien d’exposer leur corps? Nous essayons de répondre à ces interrogations, par un discours nuancé et le plus objectif possible, avec un regard à la fois historique et humain.

Après cette visite fort intéressante, nous revenons à des activités plus terre à terre, les jeux gonflables de la grande place de Salta!! De quoi se défouler! En fin de journée, nous faisons les courses au marché central, haut en couleurs, en odeurs (mélange de fritures, de viandes et de fruits) et en mouches. On y vend de tout, de la viande au fromage en passant par des piles et des coques de téléphones. Nous nous régalons de déambuler dans les allées, et dénichons dans un stand de vrac, de la farine toastée, base de notre petit déjeuner au Chili, que l’on dissout dans de l’eau chaude. Et surtout, une poudre violette qui nous fait faire un bond de 14 ans en arrière. C’est de l’API, poudre de maïs violet sucré et à la cannelle. Nous en avons énormément consommée lors de notre précédent voyage et en achetons pour le faire découvrir aux filles. Leur retour est bien plus mitigé que le nôtre. Il faut dire qu’il manquait le beignet sucré qui l’accompagne normalement dans les marchés!

Ce soir, on s’endort tôt! Demain, nous réservons une grande surprise aux filles! Alors rendez-vous en Terre Inconnue!!! 😉

17 réflexions sur “Il était une fois dans l’Ouest…

  1. Christelle 15 mars 2020 / 18:56

    Coucou, superbes photos, décidément j »adore ces paysages de far ouest et avec canyons et cactus. Merci pour le tuyau, si jamais ça tourne mal ici on verra si on peut partir vendre des machines à vendanger en Argentine !!
    Bises

    • Fanny 16 mars 2020 / 03:16

      Coucou, on adore nous aussi ces couleurs et ces cactus! Et ça continue sur l’altiplano. On vous embrasse fort tous les 4!

  2. Remy 12 mars 2020 / 09:55

    On ne se lasse pas de vos visites! 🙂

    • Fanny 16 mars 2020 / 03:16

      Merci encore les copains!!

  3. Halley Eric 10 mars 2020 / 12:42

    Bonjour à tous !

    SVP, voir mon mail ! Dans l’attente de votre réponse…

    Belle continuation sur les routes argentines

    Eric

  4. Jean 9 mars 2020 / 15:13

    Merci pour ce beau récit, ces belles photos, ces beaux personnages et cette bonne impression de chaleur qui nous fait cruellement défaut dans le sud de la France actuellement.
    Bonne poursuite de votre magnifique voyage, bises à tous les cinq!!

    • Fanny 16 mars 2020 / 03:15

      On a en effet bien profité de la chaleur. Prenez bien soin de vous. Bises

  5. Christian et Janine 8 mars 2020 / 19:22

    Toujours le même plaisir de découvrir et lire vos récits précis et documentés,d’ admirer paysages, églises, marchés colorés et de voir vos si beaux sourires .
    Bravo Héloise pour l’achat du pop corn, papy , en a eu bien envie .
    Manon et Lucie , je vois que les copines ne manquent pas et que vous continuez votre apprentissage de l’espagnol, c’est super;
    On vous embrasse trés trés fort;

    • Fanny 16 mars 2020 / 03:14

      C’est vrai qu’elles continuent à bien progresser!! On vous embrasse fort!

  6. Damien 8 mars 2020 / 17:54

    Le vin « El porvenir » ne se trouve pas facilement à Montpellier, c’est mon frère qui l’avait ramené d’un voyage en argentine il y a quelques années 😉 et on l’a bu en clin d’oeil à votre voyage, sans savoir que vous étiez justement dans ce coin !! Toujours aussi agréable de vous suivre, et de retrouver le plaisir des bivouacs sauvages 🙂
    Plein de bises depuis Assas
    Damien

    • Fanny 8 mars 2020 / 18:00

      L’histoire est encore plus belle et le clin d’oeil d’autant plus apprécié 😉😉😉!! La bodega nous a quand même dit qu’ils travaillaient avec un importateur français basé à Bordeaux . Affaires suivre…. encore merci!!! Plein de bises

  7. Jadem 8 mars 2020 / 16:59

    Bravo à vous cinq , nous suivons votre périple avec beaucoup d’intérêt (comme un feuilleton)Merci à vous de nous faire connaître de magnifiques paysages.Nous vous embrassons Francis et Monique

    • Fanny 8 mars 2020 / 18:08

      Merci beaucoup, Francis et Monique !!! Et à très bientôt, on vous embrasse.

  8. Véronique 8 mars 2020 / 09:19

    Bonjour à vous et hommage à votre voyage qui nous fait tant rêver !!! Vous êtes magnifiques tous les cinq !!!
    J’adore suivre votre épopée familiale…
    Je ne vous connais pas plus que ça, mais vous êtes devenus familiers et je m’autorise à vous faire de grosses bises : ici avec le corona ( non pas que les gens puent du bec à cause de la bière :)) les bisous vont bientôt être considérés comme un délit !!!!

    • Fanny 8 mars 2020 / 17:55

      Merci encore pour ta fidélité ! Ici, le coronavirus commence à prendre de l’ampleur. Les visites guidées dans le musée de salta était par exemple suspendues par mesure de sécurité ! Pourtant, nous étions seuls dans le musée ! !!! A très bientôt !

  9. Roselyne Epailly 8 mars 2020 / 08:11

    je suis en haleine j ai hâte de découvrir la surprise pour les filles au prochain récit !!!!!
    je devine le nom de l’église à  » El Carril  » grâce à son dessin sur le fronton: la visitacion » ?

    • Fanny 8 mars 2020 / 17:53

      Merci Rosy!!! Bientôt la suite!!!!😉😉😉😉 L’église s’appelait en fait la « Iglesia Nuestra Señora de las Mercedes del Carril ». Ici, nous ne pouvons pas allumer de cierges dans les églises, mais nous nous y sommes recueillis. Le soir, des baptêmes d’adultes étaient célébrés par le Père Luis.
      A très bientôt ! Bises

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