Portés par les vents…

Deux mois après notre dernier jour de vélo sur les hauts plateaux Argentins, nous sillonnons le plus haut plateau habité d’Europe, le Capcir… à 1500 m d’altitude. Waouh!!! Quelle bouffée d’oxygène! Nous sommes tous excités comme au premier jour de notre aventure! Les chemins et les sites aux noms catalans nous appartiennent pour une boucle de 7 jours autour des Angles.

Les vélos n’ont pas du tout souffert du voyage et leur remontée se fait facilement sous le soleil. Premiers tours de roue pour aller déposer les poubelles au bout de la rue.

Qu’on est heureux de retrouver nos fidèles montures, auxquelles nous nous sommes attachés! La tente attendue en remplacement de la nôtre, laissée en Argentine, n’étant pas au rendez-vous, nous récupérons (et réparons) notre vieille toile 2 places de notre précédent voyage (il y a 14 ans…) et nous faisons prêter une autre tente. Et c’est parti! Au bout de quelques kilomètres de piste, nous trouvons le coin de bivouac parfait au milieu de la verdure, près d’un beau ruisseau impétueux. Nous partageons les lieux avec de magnifiques chevaux dorés et leurs petits poulains tout jeunes. Nous savourons cette première fin d’après midi en pleine nature depuis longtemps, à sa juste valeur. Un feu de camp pour faire chauffer la soupe avec en fond un paysage de montagne et c’est le bonheur assuré!

Au petit matin, l’humidité dans les tentes nous rappelle le climat chilien. Tout est détrempé. Heureusement, le beau soleil du Capcir nous sèche rapidement et nous voilà en route vers le site des Camporells, ensemble de lacs de montagne derrière de la station de ski de Formiguères. Comme à notre habitude, nous privilégions les pistes aux routes, et sommes heureux de découvrir ici une multitude de chemins variés.

Les prés d’un vert éclatant se parent d’éclats d’or: les genêts embaument l’air frais et leur odeur suave se mêle à celle plus entêtante des fleurs de pins. Ces dernières libèrent d’ailleurs des nuages de pollens jaunes qui voyagent au gré des vents. Nous respirons à pleins poumons… en reprenant notre souffle dans la montée! Dur dur de se remettre au rythme cycliste! On s’est un peu ramolli! Les lacets réguliers nous mènent en haut du télésiège de la Calmazeille de Formiguères.

Nous avons réussi à monter sans pousser mais la suite s’annonce plus rude et nous décidons de nous arrêter pour la nuit. Nos réserves d’eau ont fondu comme neige au soleil mais heureusement, un petit orage et un système ingénieux de récupération d’eau nous permettent de récupérer 3L de plus! Pendant ce temps, à l’abri dans une cabane de pisteur, nous enchaînons les parties de cartes. Le bivouac avec vue sur le Carlit (2921 m) est d’un calme absolu. Qu’on est bien au chaud dans nos duvets!

Nous attaquons dès le matin par une dure montée sur une piste extrêmement caillouteuse. Au bout de quelques mètres, nous poussons les vélos pour contourner les obstacles de pierre et de neige.

Après le dernier télésiège de la station, sur la crête de la Serre de Maury, Héloïse s’extasie devant le spectacle, notre meilleur récompense: le Péric et le petit Péric se dressent devant nous.

Une fine dentelle de neige recouvre encore le site vallonné. Chaque petite colline est soulignée d’une rangée de sapins verdoyants. Sous nos pieds, les lacs des Camporells immobiles et immuables, scintillent sous le soleil.

Quelques névés au bord de l’eau se parent de reflets bleus. L’herbe qui était encore sous la neige il y a quelques jours n’a pas eu le temps de verdir. Nous savourons longuement ces retrouvailles émouvantes.

Nous commençons la descente… mais souvent à côté des vélos. Comme nous devrons tout remonter, étant donné que les Camporells sont une impasse à vélo, et que pousser nos lourdes montures n’est pas une fin en soi pour nous, nous décidons très rapidement de les laisser près de la crête et de profiter des lacs à pied. Nous déambulons d’un étage à l’autre. Les filles s’en donnent à cœur joie dans la neige, glissant une fois sur les pieds, une fois sur les fesses et se retrouvent trempées comme après une belle journée de ski!

Au fur et à mesure de l’après midi, la brume monte de la vallée: c’est le célèbre Carcanet, brouillard humide venant du Nord. Par vagues, il envahit les vallées et les cirques, donnant à l’ensemble une atmosphère fantasmagorique. En quelques secondes, la vue est bouchée puis soudain, les montagnes réapparaissent encore plus imposantes. Quel spectacle de la nature!

Le thermomètre dégringole! Mais, nous décidons quand même de camper en haut de la Serre de Maury, peu ventée aujourd’hui, à l’abri d’une cuvette. La montagne nous appartient. Sur le seul pin de ce plateau, bravant les éléments pour vivre, un petit oiseau nous berce de sa mélodie. Quelques éclairs maintiendront Fanny éveillée, toujours aussi rassurée en matière d’orages en montagne!

La nuit sera néanmoins bien paisible et le lever de soleil, la meilleure des récompenses. Une mer de nuages s’étend à perte de vue, qu’un soleil timide vient percer de ses rayons matinaux. Le Péric rosit, l’herbe s’enflamme…. Dans un silence total nous entrons en communion avec les éléments et nous imprégnons de l’instant présent…

Nous prenons notre temps, les filles gambadent d’une crête à l’autre, imitant les izards, qui resteront néanmoins cachés! Damien se régalent d’immortaliser sur son écran ces instants sacrés.

Il faut bien redescendre et c’est vers la vallée du Galbe que nous nous dirigeons. Toujours par la piste, qui d’un coup se transforme en une monotrace de VTT. Ça passe jusqu’à ce qu’un gros tronc barre la route. Qu’à cela ne tienne, on escalade avec les vélos et nous voilà repartis.

Les eaux glacées de la rivière ne nous arrêtent pas et nous nous lavons gaiement après ces quelques jours d’efforts. On filtre, on dessine… nous profitons…

A quelques pas des tentes, Héloïse trouve un magnifique cèpe encerclé d’une dizaine de bolets satans. Nous le faisons doré au feu de bois, avec un filet d’huile d’olive et une pointe d’ail. Nous nous délectons de ces saveurs forestières!

Le soleil se couche doucement derrière la montagne, nous éclairant de ces derniers rayons alors que nous nous réchauffons au coin du feu, entourés de l’odeur âcre de la fumée.

Lundi est synonyme de ravitaillement à Formiguères. Il nous reste des provisions pour les repas du soir, mais les pique-nique doivent être améliorés sous peine de rébellion familiale. Nous traversons la plaine et c’est à l’ombre de la tour de Creu, vestiges de l’ancien château du 12ème siècle, que nous nous délectons de bon fromage avant de monter au col du même nom.

Sur la route, les encouragements sont nombreux, moins bruyants qu’en Amérique du Sud, les coups de klaxons cédant la place à de nombreux pouces levés et de grands sourires! De quoi nous motiver toujours autant! La recherche de champignons sera infructueuse ce soir. Tant pis pour la sauce aux cèpes!

Au petit matin, alors que nous essayons de tout faire sécher après une nuit particulièrement froide et humide (3 petits degrés…), nous discutons avec plusieurs randonneurs, venus profiter du bon air de Cerdagne. Quel plaisir, que ces rencontres toujours aussi enrichissantes et ce, malgré un contexte très particulier. Nous échangerons d’ailleurs plus d’une heure avec Erick et Brigitte, qui nous inviterons généreusement chez eux vers Font-Romeu. La preuve est faite que la générosité de l’Autre n’a ni frontière ni nationalité.

Nous cheminons sur une piste en balcon avec vue sur le Péric et le Carlit au loin. Nous ne nous lassons pas de ces paysages montagneux. Et après la sécheresse du nord Andin, nous profitons de la verdure printanière.

Dans la plaine, les champs blanchissent par la profusion de narcisses.

Après le col du Torn, nous basculons de l’autre côté du massif avec vue sur le Canigou, montagne emblématique des Catalans dominant la plaine du Roussillon.

Le lendemain, la descente vers le lac de Matemale se fera en mode VTT plus plus, sur une piste qui n’a pas due être empruntée depuis quelques mois.

On zigzague entre troncs, zones marécageuses et rocs en travers du chemin… avant de se poser sur les berges du grand lac de Matemale, animées en ce mercredi après midi. Pour finir cette magnifique boucle, la remontée des Angles nous fera bien transpirer.

Magnifique retour sur les vélos, sur des pistes pas toujours faciles mais si tranquilles, avec des paysages à couper le souffle et de belles rencontres…. Bref, le voyage comme on l’aime. On a déjà hâte de repartir vers les Bouillouses… après une bonne douche, une raclette (que l’on peut encore se permettre au vu de la fraîcheur des soirées! ) et une nuit confortable…..

17 réflexions sur “Portés par les vents…

  1. Jean 2 juin 2020 / 21:05

    Très belle reprise de vos magnifiques découvertes; qu’elles soient andines ou pyrénéennes, elles nous enchantent car à vous cinq vous êtes vraiment des super magiciens pour approcher d’aussi belle façon dame Nature.
    Gros bisous,
    Denise et jean.

  2. chantal krief 2 juin 2020 / 10:38

    Quel plaisir de lire votre enchantement inaltérable devant Dame Nature ! et combien je vous comprends ! Beau texte et belles images, vos sourires en disent long sur votre bonheur retrouvé. Buen camino !!!

    • Fanny 2 juin 2020 / 14:23

      Merci Chantal! On est en effet dans notre élément au cœur de la nature! A très bientôt sur les chemins Pyrénéens ! Bises

  3. Pierre 31 mai 2020 / 11:40

    Superbe ! Le bout du monde est parfois tout près de nous ! 🙂

    • Damien 2 juin 2020 / 14:09

      Merci Pierre ! Bien d’accord avec toi, et nous vérifions le dictons « l’important n’est pas la destination, c’est le voyage ». Enfin… si on a le luxe de choisir aussi la destination, c’est pas mal quand-même.
      A très vite.

  4. Elisabeth Berger 31 mai 2020 / 00:27

    Super contents de vous retrouver !!!
    Continuez votre aventure et continuez à nous faire rêver !!!
    Merci pour vos partages et toujours de magnifiques photos !!!

    • Fanny 2 juin 2020 / 14:17

      Merci beaucoup! C’est génial de continuer notre voyage et nos découvertes…. et de vous les!faire partager! A très bientôt.

  5. Damien 30 mai 2020 / 09:01

    Quel plaisir de vous savoir de nouveau sur les routes, pardon, chemins ! c’est reparti ! 🙂 Toujours autant de plaisir à vous lire, c’est forcément moins dépaysant, mais cela nous rappelle qu’il y a des merveilles à découvrir pas loin de chez nous. Bises à vous 5. Damien

    • Damien 2 juin 2020 / 14:12

      C’est reparti, tout est dit !
      Merci pour tes encouragements, bises à tous

  6. SECONDY 29 mai 2020 / 23:53

    Parfois l’aventure est au bout du chemin, pas forcement au bout du monde! Quel beau cèpe, j’en rêve!

    • Fanny 2 juin 2020 / 14:19

      J’ai eu une pensée pour toi, amateur de champignons, en le dégustant! Et nous avons eu la chance d’en trouver plein d’autres! Un vrai régal!

  7. Marc Chandesris 29 mai 2020 / 17:58

    Trop d’émotion à la lecture de ce récit. A croire que la nature se fait belle quand vous passez la voir !! sans doute parce que vous êtes tombés amoureux d’elle…

    • Damien 2 juin 2020 / 14:14

      Merci pour le message si touchant, et très juste.

  8. Roselyne Epailly 29 mai 2020 / 15:32

    voilà « Terres catalanes  » a son article pour le mois de Juin.!!!!! merci , j’en ai profité avant les lecteurs.

    • Fanny 2 juin 2020 / 14:21

      Merci Rosy! J’ai pensé à toi en admirant le Peric! Bises!

  9. FOURNEL 29 mai 2020 / 15:30

    Trop chouette que vous puissiez continuer votre périple dans notre beau pays …

    • Fanny 2 juin 2020 / 14:20

      Oh oui! On se régale! A très bientôt pour la suite!

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