Immersion colombienne

Nous vous écrivons d’un petit havre de paix, accroché à une falaise. Pour y parvenir, nous nous sommes fait happer par la Colombie et le Santander!

Avant toute chose, il faut qu’on vous parle de quelques spécialités colombiennes qui ravissent nos papilles et qui sont toutes plus « chevere » les unes que les autres. Ça c’est l’expression locale qui veut dire « cool, génial ». « Que chevere » rythme nos rencontres et nos discussions!!

La panela est aux Colombiens ce que le maté est aux Argentins. Ils en mettent à toutes les sauces et sont fiers de cette production locale. La panela est obtenue à partir de jus de canne à sucre cuit en une mélasse et refroidie sous forme de blocs. Dissous dans de l’eau chaude puis refroidie, ces blocs sont ensuite utilisés pour fabriquer de l’agua panela, la boisson locale énergisante et saine. Avec du jus de citron, c’est délicieux et rafraîchissant, et servi dans tous les menus du jour dans les petits restaurants. On peut aussi y ajouter du chocolat pour un effet réconfortant.

Les bocadillos, ce sont l’autre fierté nationale, surtout dans le Santander où nous sommes et où ils sont produits. C’est le carburant des cyclistes et de Quintana: des pâtes de fruits à la goyave, un pur délice, un concentré de saveurs et de sucre. Et ca y est, ils peuvent maintenant être exportés en France. Ce qui nous plait aussi, c’est qu’ils sont emballés dans des feuilles sèches de biajo, que l’on jette dans la nature une fois consommé.

Enfin, le salpicon est une salade de fruits, exotiques pour nous, coupés en tout petits dés, et arrosés de jus d’oranges pressés… Nous, c’est comme cela qu’on l’aime. Les Colombiens eux y rajoutent du lait condensé sucré et du fromage râpé…

Bien sûr, on a retrouvé aussi le plaisir de déguster (ou se goinfrer!) de la dulce de leche appelée ici Arrequipe. Encore un goûter bien réconfortant ! Sans oublier les arepas, galettes de maïs,et les menus du jour composés d’une soupe délicieuse, que l’on cuisine aussi le soir au réchaud, et d’un plat de viande accompagné de yuca (sorte de manioc) , de bananes plantains, de riz et de salade à l’avocat.

Avec toutes ces bonnes sources d’énergie, plus d’excuses pour ne pas pédaler!! Alors c’est parti pour Lebrija au dessus de Bucaramanga, où nous devons retrouver Margarita et Raoul, la sœur et le beau frère du père Javier, rencontré à San Onofre pour ceux qui suivent.

On descend d’abord au fond de la vallée pour remonter le long d’une grosse route. Elle nous offre de belles vues sur la ville, dont nous profitons pleinement au vu de notre petite vitesse… On inhale aussi tous les gaz d’échappement et prenons vite une piste pour sortir de la pollution et entrer dans Lebrija par les quartiers populaires.

On atteint la place du village très animée en ce week end de pont Des Rois. Et là, il se passe un truc incroyable, on devient l’attraction de la journée… Tout le monde nous parle et nous prend en photos. On n’a jamais vécu ça. Je n’ai pas réussi à m’asseoir pour déjeuner. C’était genial d’échanger ainsi !!

Sur ces entrefaites, Raoul et Maragarita nous rejoignent et nous proposent de venir dans leur finca (ferme) un peu a l’extérieur de la ville, à seulement 10 minutes. Leur fille, Isabel nous ouvre la route en scooter, et eux nous suivent en voiture dont Héloïse profitera!!! Il faut dire que ça monte fort et qu’il nous faudra bien plus de 10 minutes. Vous voyez le massif central et ses douces collines et bien, ici c’est le contraire. La campagne Colombienne est taillée à la machette: flancs verticaux, petites vallées encaissées, pentes à plus de 20%. On transpire et on souffle mais quelle récompense, en arrivant dans leur petit paradis préservé, un havre de paix! Ils construisent leur maison, et veulent devenir auto suffisants. Ils élèvent cochons, poules, poissons, cultivent citronniers, papayers et avocatiers, de vraies délices à portée de mains qu’ils nous feront partager pleinement. On discute, on leur cuisine un crumble, on se délecte de la vue sur les champs bleutés d’ananas. Ils nous accueillent comme des amis. On savoure ces instants uniques où chacun se livre et où on apprend à se connaître en peu de temps. On goûte le vin de corrozo, une spécialité à base de fruits des Caraïbes. Tout comme le père Javier, ils sont généreux et aspirent à une vie simple et sereine. Leur accueil vient du coeur et ce sont toujours des leçons de vie pour nous, qui nous rendent un peu plus humbles. Merci encore !!

Le lendemain, nous suivons le ruban ocre de la piste, tortueuse et difficile pour moi. Je ne suis pas très en forme, un truc a dû mal passer. Les filles sont loin devant. Le temps est à l’orage. On n’avance pas vite… Les lumières sont belles. Avec Héloïse, nous nous amusons à compter toutes les nuances de verts : celui, très franc, des bananiers, celui plus sombre des manguiers et des palmiers et le vert bleuté des ananas! Ça permet d’atténuer le mal de ventre.

Enfin le col et la descente vertigineuse sur Giron tout en bas…. une ville coloniale, aux maisons blanches et aux portes de bois, aux trottoirs surélevés et aux rues pavées. On adore !

Surtout, nous y rejoignons Leidy, John et Elena, une super famille qui nous accueille via le site warmshowers. Le courant passe tout de suite. Heloïse trouve en Elena la camarade de jeu idéale et arpente les étages de la résidence avec sa nouvelle amie entrant chez les uns et les autres. Manon et Lucie se font aussi de nouvelles amies dans la cour. Et les parents discutent encore et encore. En ce moment, on parle et on mange… entre deux côtes en vélo.

John et Leidy nous mettent de suite à l’aise. On se cuisine mutuellement des spécialités françaises et colombiennes, on parle éducation, on compare les systèmes français et colombiens. Ils nous font découvrir leur vie et leur ville, leur quotidien et leurs aspirations. On est bien avec eux… Leidy offre à Manon l’une de ses tenues de cycliste. Elle est aux anges! Merci les amis!!

Le troisième jour, ils nous accompagnent en vélo jusqu’au canyon de las Iguanas, une gorge aux falaises ocres auxquelles s’accrochent cactus et plantes grasses. On plonge dans les eaux rafraîchissantes du gouffre, on savoure une aguapanela au chocolat avant de nous séparer. Les au-revoir sont émouvants tant nous nous sommes sentis proches!! A bientôt les amis!!

Le lendemain, ça ne rigole pas. On doit franchir le canyon de Sogamoso. La route vue de notre versant est intimidante, on voit clairement les pentes et les lacets pour gravir les 1200 m de dénivelé sur 25 km!! Ça va monter. On profite donc des 7km de descente dans la fraîcheur matinale ! D’immenses falaises ocres surplombent les eaux boueuses du fleuve. Des cactus longilignes émergent au-dessus des acacias sur des pentes abruptes. Notre vitesse avoisine les 4 km/h. Le soleil chauffe… chaque épingle est une victoire. Pause déjeuner au mirador devant une vue à couper le souffle. La route devient de plus en plus vertigineuse. Elle devrait s’applatir mais on le sent a peine.

Mine de rien, nous continuons et parvenons vers 16h00 sur une partie plus douce. Une prairie verte abritant une petite chapelle nous tend les bras. On récupère avant d’installer le camp. Un motard s’arrête prier, et nous assure que l’on peut camper tranquillement. Alors que nous dînons dans le noir, une autre moto s’arrête, ce sont Guillermina et Ricardo, le frère du premier motard. Il leur a demandé de nous amener du pain et une boisson. Ils nous invitent à camper chez eux demain à Zapatoca, si le terrain nous convient. Nous sommes toujours étonnés mais reconnaissants de tant de prévenance et de bienveillance. Nous les remercions chaleureusement et nous endormons le sourie aux lèvres dans le calme de la campagne.

La petite ville de Zapatoca nous enchante encore une fois avec ses toits de tuiles et ses couleurs chatoyantes. La cathédrale en pierres locales ocres contraste avec les murs blancs et les portes colorées. Il fait bon se laisser porter par nos pas au gré des ruelles et des escaliers, et des haltes gourmandes.

Nous déjeunons au marché et remplissons les sacoches de fruits et de légumes avant de rejoindre la maison de Ricardo et Guillermina et leurs deux grands enfants.

Ils mettent à notre disposition une grande pièce à l’abri en cas de pluie, trouvent naturel de nous accueillir ainsi. On se donne rendez vous pour le tinto du matin, le café… il s’agira en fait d’un petit déjeuner pantagruélique à base de tamales, une pâte de maïs avec viande de porc et de poulet cuits dans une feuille. Nous sommes touchés par cette famille unie, qui s’inquiète de nous voir partir si la piste est mouillée. Ricardo se renseigne et nous donne le feu vert, après la traditionnelle photo souvenir.

Quand on emprunte la piste, on comprend les recommandations de Ricardo. Ce doit être une vraie patinoire en cas de pluie. Elle est bien sèche mais très caillouteuse. On a des crampes aux mains à force de freiner. On ne peut pas se laisser aller et allons aussi doucement qu’en montée. Damien lâchera même  » j’en ai marre de cette descente!! » Imaginez la frustration!

A l’arrivée, on plonge avec soulagement dans les eaux du torrent au gouffre de la Pao. La température est bien sûr inversement proportionnelle à notre altitude et les eaux fraîches nous délassent. On campe sous un kiosque à côté de la rivière et en profitons dès le matin, en remontant les cascades… seuls… mais pas pour longtemps…

Nous sommes dimanche et les familles colombiennes nous rejoignent en pick up déballant marmites, poulets et yukas!! Ils viennent passer la journée au frais en préparant au feu de bois le Sancocho, la soupe locale. On adore l’ambiance très détendue et festive. Les hommes jouent à des jeux de palets, les femmes cuisinent, les enfants se baignent. On sent les traditions séculaires, mais aussi un bonheur simple retrouvé. On se regarde mutuellement avec curiosité jusqu’à ce qu’une famille nous offre une assiette de grillades. On leur a fait pitié avec notre salade de riz. On nous offre aussi de la bière qui coule à flots depuis ce matin.

On reprend les vélos en début d’après-midi pour se rapprocher de la destination finale : le célèbre village de Barichara. Avant cela, nous campons à Galan, devant la police sur la place du village, une première pour nous !!Une falaise immense surplombe le hameau d’où s’écoulent trois impressionnantes cascades.

La superbe piste dégotée par Damien dans une végétation typique de la forêt tropicale sèche nous enchante. Des murs de pierres, des acacias, des cactus, des cigales et des arbres majestueux d’où pendent des lichens argentés…

Le village blanc de Guane est une première étape. Puis, Barichara, tout en haut de la falaise mérite sa renommée de plus beau village de Colombie. Trottoirs aux carreaux rouges, rues pavées et toujours ces maisons blanches si typiques de la région. Les filles participent à un atelier de fabrication de feuilles de papier, un artisanat local très intéressant à base de plantes endémiques, chacune conférant au papier des caractéristiques spécifiques. Je suis dans mon élément.

Nous plantons la tente au camping, en contrebas, que nous atteignons par un chouette chemin en bord de falaise, dans un coin idyllique avec une vue incroyable sur toute la vallée. Un arbre centenaire la surplombe. Il est bon de se poser sous son feuillage pour admirer cette nature sauvage qui nous plaît tant. Nous discutons avec Lucas, un voyageur argentin et y retrouvons avec plaisir Pascal rencontré à Carthagene. Nous adorons l’atmosphère du village et du lieu. Nous nous y sentons particulièrement bien, détendus et heureux. Je crois que nous sommes en train de succomber aux charmes de cette belle région !

L’endroit est propice à la cuisine, à la méditation, au feu de bois, au travail et au farniente aussi, et aux soirées à regarder etoiles et lucioles combattre l’obscurité de la nuit.

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18 commentaires sur “Immersion colombienne

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  1. Bonjour les Lamas,
    C’est toujours un plaisir de te lire Fanny, tellement de descriptions, de beaux paysages, de belles rencontres ….
    Courage pour les montées !!!
    Karina

  2. On compati pour les montées mais les paysages sont vraiment à couper le souffle ! Magnifique.
    Et le déjeuner dominical va nous paraitre bien fade après ça !!
    Les filles se demandent à quoi servent les pots hauts (style percussions !) sous les étendoirs de feuilles de papier rosées ???

    1. Merci. On adore cette région. Les pots servent à imprégner les fibres végétales de colorants ou d’autres produits! On vous embrasse bien fort.

  3. Magnifiques rencontres de femmes, hommes, enfants dans une région vraiment belle! Nous en faire bénéficier comme vous le faites par vos mots et vos images nous ravit !!! Merci et bonne continuation !

    1. Merci infiniment à vous deux. Les Colombiens sont extrêmement accueillants et adorent leur pays. C’est communicatif. A très bientôt. Bises

  4. La montagne ça vous gagne…je garde ce récit/photos incroyables de côté pour le lire aux enfants et les motiver avant notre prochaine ascension…

    1. Merci, vous m’avez encore une fois transportée. J adore ces beaux paysages, ces échanges. J attends vos prochaines nouvelles
      Bises
      Emmanuelle

  5. Des paysages vertigineux, des images sublimes , bien des efforts de tous , heureusement compensés par des mets muy ricos et appétissants, et toujours cette générosité de vos rencontres.
    On vous sent bien et conquis
    On vous embrasse bien fort

    1. Oh oui nous sommes conquis et bénéficions encore ce soir de la générosité colombienbe à Charalà. On vous embrasse très fort.

  6. Je rattrape mon léger retard dans les lectures et vidéo ! Magnifique cette aventure dans l intérieure des terres. Les bivouacs ont l air sympas tout comme les gens que vous rencontrez et qui vous accueillent chaleureusement . Nous , on sort de 15 jours de pluie . On a notre quota pour l année . Je suis entrain de monter le porte vélo dans le salon. Vivement la prochaine sortie vtt en famille . Pédalez bien et prudence dans les descentes caillouteuses . Bises.

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par Anders Noren.

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