Happy Thanksgiving

Entre désert, campagnes et plages américaines, nous continuons à nous rapprocher de Los Angeles. Tout doucement pour faire durer le plaisir…

Après un premier bivouac en bord de route, nous pénétrons dans le désert d’Anza-Borrego par le sud et le petit village d’Ocotillo : une rue principale poussiéreuse, une poste et un centre communautaire. Un ancien combattant nous y invite pour un repas partagé. Aujourd’hui, c’est Veteran’s day et Jenny, l’une des bénévoles s’est mise en cuisine pour offrir un temps convival à l’ensemble de la communauté. Ces petits villages qui semblent sans âme au premier abord, recèlent en fait une grande solidarité face à l’adversité. On se régale donc de son porc aux champignons, accompagné de purée et de fajitas… sans oublier une bonne tarte aux pommes. Tiens, ça nous rappelle une autre tarte aux pommes dont on nous parle depuis Blythe, celle de Julian célèbre à travers toute la Californie. On a hâte de la goûter. Mais pour ça, il faut encore pédaler un peu plus de 100 km dans les cactus!!!

Le ruban d’asphalte se déroule au milieu d’un sol pierreux et d’une végétation épineuse. Cela ressemble aux paysages traversés en Arizona. Mais les espèces de cactus sont plus diverses: yuccas argentés, figues de barbarie vert tendre, ocotillos, sorte d’arbres sans tronc aux branches couvertes de petites feuilles piquantes, et d’autres plantes grasses aux formes variées. Rien qui ne fasse de l’ombre en tout cas!! Nous avons l’impression de nous traîner avec Héloïse sur ces faux plats montants qui n’en finissent pas. Le frein ne serait-il pas bloqué ? Non, c’est juste l’equipe qui n’avance pas. Nous sommes meilleures dans les vraies montées !


On se trouve un petit coin tranquille pour la nuit, qui tombe à 17h00. Nous sommes déjà couchés quand tout un groupe s’installe non loin de là. Nous découvrirons au matin tout un camp avec douche et toilette, monté en deux temps trois mouvements pour une nuit. Belle organisation ! De notre côté, nous roulons duvets et matelas en admirant depuis la moustiquaire de la tente un lever de soleil rougeoyant. Que c’est beau, ces petits moments!


Sur les longues lignes droites, le soleil nous chauffe bien les oreilles mais la chaleur est juste agréable. On prendrait bien un petit bain. Ça tombe bien puisque nous arrivons à 12h00 au camping Aguas Calientes qui porte bien son nom… bon, les bains chauds sont interdits aux moins de 14 ans, alors nous profitons de la piscine extérieure rafraîchissante et les adultes accompagnés de Manon font juste un petit plouf dans les bassins intérieurs chauds. La douche est payante mais nécessaire alors on partage 4 minutes d’eau tiède à 4, car nous n’avons plus de pièces de 25 c. C’est à qui se rincera en premier ! Nous devenons incollables en gestion de l’eau. A garder en mémoire à notre retour. Rassénérés par cette pause aquatique, nous repartons et nous posons quelques kilomètres plus loin au pied d’une colline, toujours émerveillés par les couleurs crépusculaires.


Les paysages se creusent de canyons sculptés de cheminées de fée. L’ocre et le beige dominent cet univers minéral, entre falaises et blocs granitiques. Nous démarrons la journée par une belle montée, dans laquelle une famille, rencontrée la veille à la piscine, nous tend des boissons fraiches ! Que ça fait du bien! Un ancien lac se devine au loin, large etendue sédimentaire. Nous repérons un grand acacia pour déjeuner. Finalement, nous resterons pour l’après-midi et la nuit, sur ce camping primitif laissé à la disposition des usagers.


Nous nous ennivrons de nos derniers kilomètres de désert à perte de vue, de camaieus de cactus, d’immensité intimidante, de ciel azur et de lignes droites. Bientôt, le paysage se fait plus vert, les arbustes se muent en beaux arbres et les premiers chênes font leur apparition, majestueux avec leur tronc tortueux, leurs branches interminables et leur ombre véritable. Nous nous élevons sur une superbe route, dans un décor de plus en plus doux et apaisant. Quelques conducteurs nous doublent, en faisant crisser leurs pneus mais la plupart se montrent respectueux et patients derrière notre lenteur. Après quelques zigzags, une douce odeur vient chatouiller nos narines, celle des pommes légèrement fermentées. Nous entrons dans Julian, petit village réputé pour ces tartes aux pommes. La rue principale, bordée de belles demeures de bois abritant boutiques, cafés et pâtisseries, est bien animée. Nous ne passons pas inaperçus dans la foule endimanchée et discutons avec les plus curieux. Un couple s’approche timidement et nous entamons la conversation avec Gabby et Jaime. Quelques regards et sourires plus tard, ils nous invitent chez eux. Ils habitent à une centaine de kilomètres d’ici près de la côte. Nous échangeons nos numéros et promettons de réfléchir au meilleur itinéraire pour les rejoindre dans quelques jours, leur sourire et leur discrétion nous ont charmés. D’ici là, c’est pique-nique dans le parc local avec bien sûr une « Apple Pie » en dessert !

C’est alors que nous apercevons un couple de cyclovoyageurs, auquel nous faisons de grands gestes! Ils sont français, en voyage depuis 15 jours, pour une longue durée vers le sud ! Nous nous entendons tout de suite très bien et décidons de camper ensemble. Damien nous dégôte un bivouac au départ d’une randonnée avec belle vue sur les champs de pommes, bancs de pierre et soupe chaude partagée. Il faut dire que Naia et Alex voyagent sans réchaud. Et ça, nous n’en revenons pas ! Nous aurions bien du mal à nous passer de nos repas chauds et du café du matin. Evidemment, cela implique une logistique bien plus légère et nous avons l’air d’éléphants pédalant à côté de gazelles ! Les échanges sur le matériel, les expériences et les motivations de chacun, les rencontres, vont bon train. Nous nous découvrons beaucoup de points communs, même si eux sont à l’aube de leur voyage et nous au crépuscule du nôtre.

Nous les quittons, après un café chaud, en leur souhaitant une magnifique épopée latino-américaine. Nous nous engageons de notre côté sur une petite route digne de nos Corbières. Nous nous croirions vraiment dans l’arrière pays perpignanais. La route est déserte, descendente et sinueuse juste comme il faut. Quelle belle surprise au royaume des 2X4 voies ! Nous nous arrêtons assez tôt à côté d’une église coloniale aux murs blanchis de chaux. L’endroit est apaisant, et le camp nous semble parfait sous ce qui doit servir à des marchés artisanaux. Les filles déterrent de nombreux petits objets d’art tombés ça et là au fil des saisons. De véritables trésors on ne peut plus authentiques! Nous n’aimons pas nous cacher en bivouac et préférons demander l’autorisation dès que l’on peut. C’est chose faite, alors que la nuit tombe, et qu’une voiture rentre enfin dans le domaine. Sunni nous apprend que nous sommes en fait sur les terres d’une tribu native américaine et nous remecie de notre démarche. Un petit coup de fil à Kevin, le responsable de la tribu, nous ouvre le précieux sésame pour passer une nuit tranquille. Nous ne voulons en aucun cas nous montrer irrespecteux envers les locaux et sommes contents d’avoir l’assurance de ne pas déranger. Au petit matin, pendant le déjeuner, ce n’est pas moins de quatre voitures qui viendront nous prévenir, avec cordialité et fermeté, de l’illégalité de notre présence, mais le mot de passe « nous avons l’autorisation de Kevin », change immédiatement la donne et fait apparaître un grand sourire et son lot de questions. Cela nous conforte dans notre démarche de ne pas nous cacher !

Une route secondaire serpente dans des collines de savanes, où le chêne est roi. De grands ranchs se laissent deviner derrière les clôtures. Découverte de la ruralité américaine ! Il fait gris, mais la route toute aussi petite que la ville nous comble. Nous redescendons au bord d’un grand lac bordé d’arbres dorés quand éclatent sur la route les premières grosses gouttes de pluie. Un petit restaurant en bord de route nous nargue. Nous hésitons à nous arrêter… mais pas longtemps devant le déluge qui s’annonce ! C’est bien au chaud et en dégustant de délicieux hamburgers que nous regardons la pluie tomber et le vent se déchaîner. Aucune envie de repartir, ils louent des sortes de cabanes, ici. Le faux plafond resistera-t-il à la pluie? Le temps semble s’être arrêté à leurs portes, figé dans les années 80, à seulement 2h des mégapoles californiennes. Les filles sont tentées par la télé mais pas de signal. A la place, un lecteur DVD pour lire ceux qu’ils prêtent à l’accueil. Que des nouveautés evidemment mais Aladdin conquerra nos coeurs et la « famille-américaine-aventurière-des-années-80 » déchainera nos rires ! La douche est brûlante… Nous apprécions ce luxe à sa juste valeur ! Sans compter la machine à laver du RV park voisin (qui n’abrite que des habitants à l’année). ! Après plusieurs bivouacs poussiéreux, un décrassage s’imposait. La nuit est réparatrice et nous trainons dans les brumes matinales, en attente d’une éclaircie.

Nous n’irons pas loin aujourd’hui, dans un camping voisin, sous les chênes centenaires, calmes et apaisant. C’est peut être pour ça que les extraterrestres ont choisi ces lieux fondés par un certain Adamski pour leur première rencontre avec l’Homme et plus précisément avec cet homme. Nous ne doutons pas de la magie du site… et y restons deux nuits pour jouer, étudier, lire, se reposer. La pluie détrempe tout, la deuxième nuit et les propriétéaires sont inquiets pour nous. S’ils savaient ce qu’ont vécu notre tente et nos duvets de plumes! Ce n’est pas une averse américaine qui nous fera fuir. Ceci dit, le matériel souffre et le matelas de Damien est complètement déformé par une énorme hernie. La pluie est quand même tenace et nous suit presque toute la journée, alors que nous pénétrons dans les zones urbaines proches de la côté.

Nous avons pour habitude de ne jamais refuser une invitation et 50 km nous attendent pour faire plus ample connaissance avec Gabby et Jaime (rencontrés quelques jours auparavant, j’espère que vous suivez !). Ils sont d’origine mexicaine, installés depuis 35 ans aux Etats Unis. Nous avons bien fait de suivre notre instinct car cette rencontre est un véritable trait d’union entre les cultures latino et américaine et va marquer une nouvelle fois notre voyage et notre famille. Ils nous reçoivent comme des amis de longue date, nous prêtent leur chambre et nous font découvrir dès notre arrivée la générosité et la gastronomie mexicaines. Le lendemain, ils nous offrent le Pacifique… Tel une madeleine de Proust, l’air iodé nous rappelle nos plages fançaises, synonymes de vacances et de châteaux de sable. Nous arpentons la longue jetée de bois d’Oceanside, apercevons le dos brillant d’une otarie qui se mêle aux surfeurs venus chercher la vague tandis que les pêcheurs taquinent le goujon des pontons surélevés. De belles demeures et de grands palmiers bordent les plages, surveillées par des maîtres nageurs en maillot rouge depuis leurs cabanes de bois. Quel contraste avec la campagne californienne des jours précédents!

A midi, Gabby nous a préparé un Mole, plat mexicain typique à base d’une sauce épaisse, mélange d’épices, de cacaco et de cacahuètes. Un délice qui réveille nos papilles ! Nous leur proposons de notre côté, quelques spécialités françaises, ratatouilles, quiche lorraine et gratin dauphinois. Melting pot de saveurs autour de la table, et de langues aussi puisque nous mélangeons espagnol et anglais. De quoi perdre son latin ! Lundi, Gabby nous accompagne sur les pentes d’un ancien volcan dans un immense parc au coeur de la ville… Et c’est là, dans cet univers certes naturel mais urbain, alors que nous venons de traverser plusieurs déserts, que nous rencontrons notre premier serpent à sonnette qui s’étire de toutes ses écailles sur le sentier. On ne fait pas les malins et attendons sagement qu’il daigne passer son chemin. Il doit son nom à sa queue particulière faite de vieilles peaux, qui produit parfois un bruit de crécelle. Sa langue, quant à elle, toujours en mouvement, lui sert à sentir son environnement. Pas de doute, il a dû bien percevoir notre peur !

De fil en aiguille, nous resterons 6 jours dans cette belle famille, car ils nous invitent à passer Thanksgiving avec eux. Le troisième jeudi de Novembre est en effet férié et consacré aux remerciements pour toutes les bonnes choses de l’année. Cette fête américaine traditionnelle est toute aussi importante que Noël ! Et quel plaisir de le passer en immersion totale. Entre journée à la plage et journée d’école, nous apprenons à cuisiner et à savourer haricots, chilaquiles, micheladas et tacos mexicains, dinde de Thanksgiving, jambon cuit à l’ananas, purée et sauce gravy… sans oublier asperges, choux de Bruxelles et tourte à la courge. Je crois que nous sommes les seuls voyageurs à vélo qui vont revenir plus enrobés qu’à leur départ ! Mais ce que nous retiendrons de nos journées ici, ce sont surtout les échanges authentiques avec Gabby et Jaime. Nous parlons de tout et de rien, du voyage, de leur travail, de leur parcours méritant d’immigrés, de leurs enfants américains. Partis avec rien à 17 ans vers un pays inconnu, ils ont construit leur vie à la hauteur de leur rêve, pour offrir à leurs enfants tout ce qu’ils n’avaient pas eu: de l’amour et de la sérénité, une enfance insouciante, un confort de vie, de la complicité, des loisirs et des études. Et tout ça, malgré les difficultés, les épreuves et le travail harassant. Aujourd’hui, ils adorent leur métier et ont une philosophie de vie inspirante. Ils sont joyeux, Jaime a énormément d’humour et nous fait rire, Gabby nous chouchoute, nous gâte comme ses enfants. Nous nous sentons si bien avec eux. Le repas de Thanksgiving est un beau moment en famille, autour de délicieux plats et jeux partagés. Les au-revoirs sont déchirants… Merci infiniment les amis pour votre confiance et votre amitié ! Ces moments précieux, nous les chérissons. Alors que le voyage touche à sa fin, nous sommes plus que jamais dans le présent et l’échange. Nous reprenons demain les vélos vers la banlieue de Los Angeles et la famille. Avant de la retrouver, ce sont des amis recontrés au Chili il y a quatre ans que nous allons revoir avec joie, comme un autre trait d’union entre nos deux voyages…

6 commentaires sur “Happy Thanksgiving

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  1. Dernière ligne droite avec des rencontres toujours inspirantes.
    Profitez du calme et de la sérénité de la campagne avant d affronter le tumulte de la mégalopole de Los Angeles .
    Et puis , goûtez au charme de la vie américaine avec Mathieu , Cécile et les cousins .
    On vous embrasse fort.

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  2. bonjour je voulais vous remercier d’avoir partager ce beau voyage de découverte est de rencontre inoubliable !! bon fin de séjour est bon retour a bientôt dans nos contrais je vous embrasse bien fortement gaetan

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    1. Bonjour Gaetan, merci infiniment pour ton message. Je suis heureuse de ce partage. Et d’avoir pu véhiculer la beauté du monde et des Hommes. A très bientôt.

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  3. Je continue à être impressionnée par vos belles rencontres. En ce moment où les guerres éclatent et menacent de partout, où les hommes se haïssent, votre témoignage donne de l’espoir…
    Je vous souhaite une belle fin de voyage, de belles retrouvailles avec vos amis rencontrés au Chili et la famille proche de Los Angeles ; vous aurez sans doute l’occasion de découvrir cette mégalopole tentaculaire aux multiples quartiers ; ça va vous changer de votre traversée du désert !
    A bientôt, au prochain épisode.

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    1. Nous aussi, nous continuons à être émerveillés et reconnaissants pour toutes ces rencontres. Heureux de pouvoir ainsi véhiculer une belle image de l’humanité. Merci à vous pour votre message et à très bientôt.

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