Derniers coups de pédales

Entre montagne et côte, la dernière semaine est un condensé de la Californie. On ne pouvait rêver une fin plus authentique !

Après avoir quitté Jaime et Gabby avec beaucoup d’émotions, nous divagons sur des petites routes bordées de maisons, de jardins, de pépinières. Plongés dans nos pensées et émotions des derniers jours, dans celles des prochains liés à la fin du voyage, nous avançons tranquillement. La campagne, encore humide de la pluie nocturne, libère des arômes ennivrants et citronnés de cystes et d’eucalyptus. Ces odeurs, à la fois exotiques et familières, m’accompagnent de souvenirs en souvenirs. A Fallbrook, une terrasse fleurie aménagée en parc nous ouvre ses grilles pour le déjeuner tardif, un pique-nique léger, histoire de garder de la place pour les restes de Thanksgiving prévus ce soir et toutes les gourmandises offertes par Jaime et Gabby.


Une descente les cheveux au vent nous mène à un départ de randonnée. On espère y bivouaquer. C’est alors que l’on rencontre Mark et ses deux adorables petites filles Olivia et Alice. Nous discutons un petit moment, hésitons à camper ici mais la présence de grilles et de rangers nous invite à revoir notre jugement. Mark nous offre alors spontanément sa maison et son jardin. Nous acceptons avec joie et remontons vaillamment les quelques kilomètres de collines avalés en descente.


Dès notre arrivée, les filles se régalent de retrouver des enfants et les suivent dans leurs jeux, entre dessins et trampolines. Ensuite, tous ensemble, nous décorons le sapin de Noël et la magie opère comme toujours à cette époque-là de l’année, quand nous déballons des cartons, nos décorations souvent faites maison. Il en va de même ici, quand Alice et Olivia redécouvrent leurs guirlandes et leurs petits objets à suspendre. Nous nous retrouvons encore une fois au coeur de ce moment familial privilégié et le savourons, des étoiles dans les yeux et le coeur empli de chaleur humaine. Il a fière allure, notre sapin franco-américain. Nous discutons avec Mark de ses deux métiers, celui de psychologue et celui d’artiste, l’un alimentant l’autre, puisqu’il est améné à utiliser l’art comme une forme de thérapie. Il est confronté à des parcours de vie traumatisants liés à la guerre et nous sommes captivés par son histoire. Il est en train de peindre d’immenses fresques relatant le journal de bord d’un soldat. Il invite Manon à laisser parler son imagination pour partager un peu d’elle-même sur le tableau, un beau cadeau !


Nous dégustons avec ses filles et sa maman, venue passer l’hiver en Californie, les restes des festins de la veille. Ils nous offrent en dessert une soirée, S’Mores, avec chamallow et chocolat au feu de bois. Des petits bouts de vie partagés jusqu’au bout, jusqu’à la veille de notre retour, un beau symbole de ce qui a marqué notre voyage. Dans les flammes qui dansent devant mes yeux, au milieu des jeux des enfants, défilent tous les visages qui nous ont accompagnés pendant ces 12 mois, tous ces sourires et ces amitiés. Au moment où j’écris ces lignes, l’émotion me submerge à nouveau, tant ces moments partagés nous ont nourris pendant ces quelques mois.


Après une matinée de jeux, nous quittons nos amis et réenfourchons nos vélos. En nous éloignant de Fallbrook, nous rejoignons une route encore plus champêtre que la veille au coeur de la « garrigue ». Quel sentiment de liberté de rouler ainsi ! Le goudron laisse la place au sable puis réapparaît à nouveau. Peu à peu, la route s’incline, la pente devient bien difficile. Nous finissons en poussant les vélos jusqu’à un petit espace plat en bord de route. Pas une habitation autour de nous, juste des collines et le calme de la campagne. Et la lune, sentinelle de nos nuits…


Aujourd’hui, au programme, une belle montée, la plus raide du voyage peut-être, plus de 26% ! Nous avons même du mal à pousser tant la pente est forte et glissante. Un par un, nous montons les vélos. 4km en 2 heures, et un paquet de fruits secs engloutis à l’arrivée !


Ce soir, nous dormons au pied d’un magnifique arbre, solitaire au milieu de sa prairie d’herbes dorées. Nous partons en balade avec Héloïse, dans les canyons aux couleurs d’automne, à la recherche d’une cascade encore asséchée et de feuilles orangées.
Coucher de soleil et lever de lune sont au programme du soir, comme souvent.. Cette immersion en pleine nature va me manquer ! Nous discutons, en admirant les cratères grisés de l’astre céleste, de la vie extraterrestre, du voyage, du repas, de la couleur du ciel, de tous ces petits riens qui fondent de grands échanges.

Le lendemain, sous la lune encore ronde qui se couche doucement, nous découvrons une route enchanteresse. Au coeur de canyons sauvages, un chemin goudronné nous mène à un col à 1000 mètres d’altitude. Nous cheminons entre épineux, cystes, pins et arbustes inconnus. Papillons et colibris nous accompagnent parfois de leur vol gracieux. Quel silence, quelle plénitude, alors que nous sommes si près de la côte et de Los Angeles ! C’est l’une des routes les plus agréables de notre voyage, simple et paisible comme on les aime. Nous pique-niquons sous l’ombre de grands chênes, ne croisons personne de la journée, et sommes heureux de pouvoir profiter de ces endroits hors des sentiers battus pour cette dernière semaine. Au sommet, il fait frais ; un scintillement argenté au loin nous rappelle où est l’océan, de l’autre côté, nous embrassons du regard toute la vallée viticole de Temecula, constellée de mille lumières en ce début de soirée.

Un départ de randonnée abritera le dernier bivouac sauvage de ce voyage. Nous ignorons le panneau « No overnight camping », mais respectons les lieux, en montant la tente très tardivement et en la démontant dès 7 heures du matin. Nous déjeunons frugalement car un américain croisé la veille nous a conseillé le « Candy Store » pour ses cookies et ses bonbons. Et nous comptons bien nous y régaler. C’est chose faite, 10km plus tard. La pâtissière nous offrira « a treat » pour les filles, soit un petit encas gourmand à souhait avec sa crème chantilly et ses délicieuses fraises dans un chausson feuilleté.

Et c’est reparti pour 1000 mètres de dénivelé en descente, sur une superbe route bien moins passante que prévue. Les kilomètres défilent, les paysages aussi. 5 derniers kilomètres désagréables au milieu des camions et nous rejoignons une belle piste cyclable le long d’un canal… Au bout, l’air iodé, les mouettes, le bruit des vagues, l’Océan pacifique nous accueille avec nos vélos. Quel bonheur ! On ne peut pas s’empêcher de penser à notre arrivée sur l’Océan Atlantique, il y a 3 ans et demi aux termes de notre premier voyage riche en rebondissements ! Même émotion, mélange de plénitude, d’accomplissement et de nostalgie ! Après une après-midi contemplative ou sportive selon l’humeur de chacun, Benjamin et Cynthia nous retrouvent au camping et nous gâtent de bois et de chocolats. Nous avions rencontré cette famille américaine aux bains chauds dans le désert et leurs boissons fraîches offertes dans une montée nous avaient ragaillardis. Ils habitent à Dana Point tout près, et nous sommes heureux de les retrouver. Benjamin aura la métaphore parfaite pour imager nos sentiments à l’aube de notre retour : « C’est comme un très bon livre. On est toujours heureux d’être allés au bout de l’histoire, de l’avoir terminé et en même temps une partie de nous voudrait rester dans son univers et ne pas revenir à la vie réelle.  » C’est excatement cela, Lucie dira, elle, qu’ « elle est à la fois heureuse de rentrer et pas contente que le voyage soit fini ». Une ambivalence pas toujours facile à exprimer et à vivre.

Mais, nous avons encore de bons moments à partager sur le sol américain. Et dès demain, puisque Benjamin et Cynthia nous proposent de nous initier au surf dans l’après-midi. Les filles sautent de joie, surtout Manon qui attendait une occasion pour se lancer. Nous nous régalons du spectacle marin après celui des montagnes. Les eaux revêtent toute la gamme de bleu existant au gré des éclairages du soleil. Un aileron dans le creux plus clair de la vague, et c’est la danse d’un dauphin que nous contemplons, avant d’apercevoir une otarie solitaire. Nous scrutons l’horizon patiemment en famille ou à tour de rôle quand l’appel des roulades devient plus fort pour certaines.

14h00 arrivent, il est temps de se lancer dans l’eau fraîche vêtus d’épaisses combinaisons prêtées par nos amis. Benjamin, Teddy et Cynthia sont de très bons surfeurs. Benjamin restera dans l’eau avec nous, à nous pousser dans la bonne vague, à nous délivrer les conseils judicieux, qui nous feraient presque croire que nous sommes des surfeurs aguerris. Et c’est gagnant ! Toutes les 4, nous nous levons dès la première vague ! Quelle sensation géniale et grisante de glisser sur l’eau. Damien se régalera avec Teddy et Benjamin. Mais nous ne sommes pas habitués à ce type d’efforts et les muscles de nos bras nous trahissent ! Nous passons la soirée avec cette belle famille autour de burgers et de glaces délicieuses. Quel beau cadeau ! Merci les amis !

La nuit est pluvieuse. La fermeture extérieure de la tente n’a pas tenu, nous obligeant à la fermer avec des pinces à linge. Nous traînons au camping en discutant avec Lucie et Romain, un jeune couple de cyclovoyageurs en partant pour le Sud. Le temps de nous raconter nos anecdotes et le soleil a séché les affaires.

Nous nous élançons pour nos derniers kilomètres entre routes et pistes cyclables bucoliques. Et voilà, nous voici à Irvine, chez Carlos, Laure, Camille et Emma, rencontrés au Chili trois ans plus tôt, au détour d’une randonnée. Le hasard de nos parcours respectifs fait que nous nous retrouvons ici après de beaux périples chacun de notre côté. Nous reprenons nos discussions là où nous les avions laissées, 3 ans auparavant aurour d’un petit déjeuner à Chaiten au début de la Carretera Austral. Ils nous accueillent à bras ouverts, nous faisant découvrir leur ville et nous offrant de bons petits plaisirs culinaires français. Nous discutons voyage, études, enfants et sommes heureux de ces très bons moments. Merci encore ! Nous promettons de nous revoir en France, au Canada ou sur d’autres contrées à découvrir.

Samedi 2 décembre: Mathieu, le frère de Damien vient nous récupérer avec voiture et remorque pour nous éviter de rouler dans Los Angeles. Nous découvrons alors les gratte-ciel de la ville, ses parcs, ses palmiers et ses montagnes alentour. Quelle joie pour nous tous de retrouver notre famille !

Nous sommes dans le bain dès notre arrivée, puisque ce soir c’est apéro dînatoire chez des amis de Mathieu et Cécile. C’est vraiment immersif de rencontrer leurs amis et de découvrir leur mode de vie à l’américaine. Nous y prenons goût d’ailleurs, grâce à toutes les superbes randonnées que nous offre Los Angeles. Rynyon Canyon et le Griffith Park, parcs sauvages et préservés dominant la ville et ses gratte-ciel, nous font prendre de la hauteur. Le signe Hollywood nous fait de l’oeil et nous rappelle que « ça y est, nous sommes arrivés à destination ». « A un moment donné, vue la vitesse à laquelle on allait, je me suis dit qu’on n’y arriverait jamais !  » nous avouera Héloïse. L’Observatoire du Griffith Park sera l’occasion d’un cours de physique spontané tant il est intéressant et intéractif avec ses documentaires projetés dans une géode.

Nous découvrons aussi les écoles et collèges de Cécile, Nathan et Raphaëlle, grâce à une journée immersive dans les classes des cousins. Lucie enchaîne avec Raphaëlle cours de français, de math et d’anglais et Manon la rejoint en cours d’espagnol pour un exposé de notre voyage. Héloïse, de son côté, présente à la classe de Nathan un bout de notre parcours et nous finirons avec les CP de Cécile. Super expérience pour nous tous que cette découverte de l’Ecole Internationale de Los Angeles. Les filles sont fin prêtes à reprendre le chemin des écoles.

Et puis, Los Angeles est aussi la ville des parcs d’attraction. Universal Studio, avec Poudlard, l’Univers de Mario, de Jurassic Park ou des Transformers nous fera vibrer, crier, au rythme des sensations fortes et des effets spéciaux. Nous aurons également un aperçu des studios de tournage et des décors des films. Un expérience ébouriffante !

Vous l’aurez compris, nous prenons goût à la vie américaine. Je dois d’ailleurs vous laisser, j’ai cours de surf ! A très bientôt pour les dernières vidéos du voyage.

7 commentaires sur “Derniers coups de pédales

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  1. Quel bonheur de lire toutes vos découvertes, vos efforts, émotions, rencontres, instants de vie familiale, instants contemplatifs, instants de partages, etc, etc ! Une richesse inoubliable à n’en pas douter. A cette heure, le « livre » n’est certainement pas fermé ni dans vos coeurs, ni dans vos têtes et discussions ; bonne digestion… et atterrissage. Que ces fêtes, familiales à souhait, vous remplissent à nouveau de ce bonheur simple et vivifiant. Bravo à vous 5 ! et merci pour ce merveilleux partage !

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  2. L ‘ émotion est palpable tout au long du récit et ô combien communicative.
    Bravo et merci à vous , de nous avoir fait vibrer , s’ inquiéter parfois , et partager votre belle aventure familiale.
    A très , très , bientôt le plaisir de vous serrer dans nos bras

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  3. Moi aussi j’ai adoré cette métaphore sur les bons livres. Comme eux vous porterez cette incroyable aventure en vous toute la vie. Merci de l’avoir partagée si généreusement.
    Maintenant l’aventure du retour… la vie est une aventure sans fin!!
    Inscrivez-nous dans la longue liste d’amis qui ont hâte de vous retrouver et de pouvoir écouter une petite partie de vos expériences de vive voie. Can’t wait!!! 🙂

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  4. La métaphore de votre ami américain Benjamin est vraiment géniale ! Mais si « ce très bon livre » va bientôt se refermer, vous allez rentrer riches de toutes ces rencontres, ces expériences, ces paysages… Je constate d’ailleurs que les filles ont beaucoup grandi (autant en maturité qu’en cm) ; elles savent déjà faire partager votre belle histoire et leurs amis français doivent les attendre avec impatience !
    Merci pour les prochaines vidéos et bon retour en France.

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  5. Tu réussis à me faire monter l’émotion. J’adore vous lire et suivre vos aventures qui font rebonds sur les nôtres ❤️ plein de bisous 😘

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  6. Bonjour !
    Je n’ai pas eu de retour de mon mail du 30 novembre. Etes-vous ok pour un 6ème article (à paraître le 14/12). Si j’ai bien compris, vous revenez bientôt (fin décembre ?). Le dernier article (le 7ème), pouvant être réalisé après votre retour et suite à une interview à Assas.
    Dans l’attente de votre retour, sachant que pour le 6ème article, votre feu vert devrait me parvenir d’ici le 11 à 12h.
    Bien cordialement !
    Eric pour le ML

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