Comme un air de voyage…

Voilà un peu plus de 6 mois que nous sommes rentrés. 6 mois pendant lesquels les filles ont retrouvé le chemin de l’école, de leurs activités et des copains et copines, 6 mois pour reprendre un rythme plus classique ! 6 mois aussi pour profiter des moments en famille et entre amis, pour garder les habitudes de vie au grand air. C’est ce qui nous manque le plus, alors dès que l’occasion se présente, pffff… nous filons à l’extérieur pour sentir le vent, les flocons, le froid piquant, les rayons du soleil, et les premières effluves du printemps. Nous aurons eu un temps très californien qui nous aura permis de profiter pleinement de plusieurs pique-niques par semaine, au coin de la maison ou sur les hauteurs d’Assas et de belles randonnées à vélo ou à pied. Alors que le mois de juillet bat son plein, revenons à l’aube des vacances de printemps, qui nous aura offert une micro-aventure, comme un air de voyage… Nous décidons d’une petite itinérance à vélo. Passée la première « flemme » adolescente, tout le monde retrouve ses repères et ses plaisirs. Comme le dira Manon, la seule difficulté est le départ… Comme pour un grand voyage finalement ! Nous enfourchons donc à nouveau les vélos pour une escapade espagnole du Perthus à Barcelone.  

En partant du Perthus, ville frontalière avec l’Espagne, nous nous affranchissons de toute montée, et cela convient bien à tout le monde ! Dimanche 7 avril, nos 5 vélos -  eh oui, pas de tandem cette fois-ci – s’élancent sur une piste bien technique et caillouteuse, au cœur d’une forêt de chênes liège. Leurs troncs tortueux et dénudés sur quelques mètres leur donnent une allure étrange, presque humaine. Le sol très sec et poussiéreux nous rappelle la sécheresse légendaire qui sévit dans les Pyrénées Orientales depuis 2 ans. Un petit vent du sud voile de ses brumes le soleil, blanchissant l’atmosphère. La garrigue embaume, entre fleurs de cystes, romarin et thym. Nous retrouvons vite ce plaisir d’être dehors à vélo pour quelques jours. Rapidement, le déjeuner s’impose avec de bons produits donnés par Papy et Mamie. Nous partageons cette pause avec Gilles, un autre cyclo-voyageur, avec qui nous échangeons nos expériences et nos téléphones pour une future rencontre en terres gardoises.  

Bientôt, La Jonquère, ville de passage, nous ouvre ses portes. Contrairement à l’image que nous en avions depuis l’autoroute, elle nous charme, avec son centre pavé, ses petits restaurants et ses berges aménagés. Quelle bonne surprise ! Le vélo a cela de magique qu’il donne souvent de lieux insipides ou glauques lorsqu’on ne fait que les traverser en voiture, une image bien plus agréable et juste. Cela nous rappelle d’ailleurs notre traversée de l’Arizona, et ses villes, que nous avons bien plus appréciées que la moyenne !  

L’itinéraire nous mène sur les hauteurs de la Jonquère avant de descendre dans la plaine. Il serpente entre murs de pierres sèches, chaos granitiques, cultures et villages authentiques. Capmany est superbe avec ses façades colorées, ses rues pavées et ses monuments historiques, chapelles et châteaux. Après une petite glace à Peralada, aussi charmante que sa voisine, nous longeons le canal de la Muga, accompagnés de cigognes majestueuses et y dénichons notre premier coin à bivouac sous de grands arbres. L’endroit est calme et bucolique, malgré le bourdonnement de la nationale reliant Gérone à Figuères. Et surtout malgré la musique très forte provenant d’un pont voisin et qui nous « bercera » jusque tard dans la nuit ! Nous n’avions pourtant pas été invités à cette Rave Party ! 

Le café du matin est toujours aussi agréable, la nature se réveille dans une brume épaisse. Le chemin se perd à quelques mètres de la tente dans un épais coton d’humidité. Le temps de plier la tente et nous gagnons en visibilité pour poursuivre de vergers de pommiers en champs de blé (on slalome entre les zones de sulfatage !)…jusqu’à la mer. Le port de la Escala et sa petite crique accueille nos estomacs affamés. Une tortilla et un gazpacho plus tard, nous pouvons profiter, repus, de la plage et des eaux translucides … bien qu’encore fraîches avec la brise marine ! Une frise bleutée tranche avec le sable doré. Qu’est-ce donc ? Des anneaux cartilagineux couleur azur surnaturel, surmontés d’une voile triangulaire translucide. Nous n’avons jamais rien vu de tel. Des méduses, pense-t-on ? Mais non, après recherches, il s’agit de vélelles, un organisme aquatique qui doit d’ailleurs son nom espagnol « Velero » à sa voile dorsale ! Un coup de mer a dû provoquer leur échouage en masse ici. 

Nous continuons entre champs et garrigues et nous rapprochons du village de Ulla, quand une petite pinède nous fait de l’œil. Endroit parfait pour ce soir ! Nous y posons nos sacoches. Les filles retrouvent leurs habitudes de bivouac. Manon lit, Damien se pose et je pars chercher quelques asperges pour améliorer les pâtes du soir ! Il fait bon. Au loin, le ronronnement de quelques tracteurs, tout près, le pépiement des oiseaux et le caquetage des filles immergées dans leur monde imaginaire ! Nous allons être bien.  

Alors que nous finissons notre dîner, une voiture s’arrête. – Ola, que tal ! nous crie Fernan, personnage haut en couleur comme nous allons le voir. Propriétaire du terrain sur lequel nous nous sommes installés, il se montre de suite accueillant et curieux de notre épopée. Il souhaite nous inviter chez lui ! Damien, Lucie et Héloïse l’accompagnent donc à quelques kilomètres découvrir sa caverne d’Ali Baba. Il faut dire que Fernan a un parcours pour le moins atypique. D’origine Sioux, il a sillonné le monde pour transmettre les valeurs et le calumet de la paix de sa tribu Lakota. Il aura fallu venir en Catalogne pour rencontrer un natif américain. Hasard de la vie !  

Les filles reviennent chargées de cadeaux hautement symboliques, comme cet attrape-rêve et cette plume de condor, et une invitation à déjeuner le lendemain. Après une fin de nuit venteuse et humide surtout du côté de la tente intérieure de Manon, nous voilà en direction de sa maisonnette en bois, sans eau ni électricité. Aux murs, ses costumes « indiens » traditionnels ornés de perles musicales et un tableau de ses chevaux, L’atmosphère réchauffée par une belle flambée est à l’image du propriétaire : bienveillante et chaleureuse, simple et riche à la fois, simple comme la générosité de notre hôte et riche de toutes les légendes que ces murs ont écoutées, de toutes les amitiés qu’ils ont vues se construire. Le chocolat chaud, les croissants frais et le café accompagnent nos discussions autour du voyage, de la culture, des langues et de la famille. Pour nous, il a chamboulé ses plans et ne rejoindra ses petits-enfants qu’en fin d’après-midi pour nous laisser le temps de faire connaissance. Les filles s’approprient les lieux et nous voyageons à travers ses récits palpitants et ses enseignements sages et éclairés. Nous gardons en nous précieusement tous ses mots qui nous guideront et résonneront en nous. «Buen camino », car au-delà du voyage nous suivons tous un chemin, notre chemin, à nous de le découvrir et de le suivre au mieux, nous explique-t-il.  

Comme après chaque rencontre marquante, nous flottons sur un petit nuage pour le reste de l’après-midi. Les villages catalans, aux pierres apparentes et aux balcons fleuris, défilent sous nos roues. Le temps reste cependant incertain. Nous faisons la course avec les gouttes pour relier Sant Feliu de Boada, où nous avons repéré un petit resto pour nous abriter. Et nous régaler de spécialités catalanes à base de riz mijoté ! Le riz est en effet mis à l’honneur dans cette région. Le vert franc des rizières tapisse les collines locales.  Le beau village de Pals, aux briques orangés, surplombe cet océan de verdure tacheté ici et là de coquelicots et de colza. L’orage est passé et les rayons du soleil distribuent les rôles principaux dans cette mise en scène bucolique : là, un clocher, un peu plus loin, une haie de cyprès vaillamment dressés vers les cieux, ici trois jeunes cyclistes pédalant gaiement entre les champs ! Nous retrouvons cette sensation de bonheur simple et de liberté propre à la pérégrination à vélo !  

Nous visons un petit bois sur les hauteurs de Palafrugells. Nous grimpons sur des sentiers de plus en plus tout terrain et boueux. Les sols sont encore bien humides et nous dénichons une trouée dans le sous-bois pour notre campement du soir. L’odeur musquée de l’humus mouillé se mêle à celle acidulée des pins. Jeux, travail, exploration des environs, avant une extinction des feux sous la voûte dégagée !  

Quelle nuit calme et ressourçante ! Nous replions le camp tranquillement et reprenons la direction de la mer, du sable doré et des eaux limpides. Nous étalons la bâche sur la platja d’Aro. A nous, tortillas de pomme de terre, gazpacho, anchois et poivrons mariné. Un vrai gueuleton couleur locale ! Sieste pour certains, jeux ensablés pour les plus jeunes et balades en bord de mer entre filles avant de remonter en selle et en piste pour une côte honorable sur une voie cyclable qui nous protège du trafic routier. Nous la quittons bientôt pour bifurquer sur des chemins agricoles. Il fait si bon en cette fin de journée. Près d’un monastère, une prairie bien verte sous un chêne nous appelle. Le temps de repérer les lieux et je ramasse une grosse botte d’asperges sauvages. Ce soir au menu, ce sera poêlée d’asperges, ail et tomates. Que l’on aime ces petits plats improvisés grâce à ce que nous pouvons cueillir ! Le temps s’allonge, le repas s’éternise, les discussions s’animent, les jeux s’enchaînent. Au loin, un tracteur poursuit son travail agricole, certains champs sont déjà moissonnés, pas de répit tant que la météo le permet. La lune et les étoiles se lèvent dans le silence revenu. Dernière fermeture de la tente sur la campagne catalane. 

Le réveil n’est pas trop matinal, nous déjeunons pendant que la tente sèche de la condensation de la nuit. Nous nous étirons au soleil, c’est qu’il va falloir mobiliser toutes nos forces aujourd’hui, entre kilomètres et chaleur.

Ce soir, nous avons rendez-vous à Palafolls dans une famille qui nous accueille pour la nuit via le site de Warmshowers Nous traversons un magnifique bois. La terre encore perlée de la rosée matinale libère son parfum, Manon et Lucie filent loin devant faisant fi des intersections, et bientôt, le bois résonne de nos appels pour tenter de les retrouver. Elles n’étaient pas loin et trouvaient que nous mettions bien longtemps à les rejoindre, le temps d’un aller-retour en fait pour vérifier qu’elles n’avaient pas emprunter la mauvaise direction. Ce sera d’ailleurs une journée de tour et de détours dans des zones plus ou moins glamour, des bretelles de voie rapides à côté desquelles des chaises esseulées et quelconques masquent les problèmes de prostitution, des zones industrielles chaotiques, des villages pittoresques aussi, et des parcs poussiéreux mais ombragés qui accueilleront nos pauses gastronomiques. Sans parler, du café de midi pris dans le seul bar Coréen de la Catalogne ! Au prix d’un dernier effort et d’une montée à 20 %, nous sommes accueillis par Barbara, David et leurs trois filles Emmanuelle, Adèle et Margo. Nous nous sentons tout de suite très à l’aise avec cette belle famille française expatriée en Espagne. Les filles s’entendent comme larrons en foire… Et je ne parle pas des adultes qui échangent et refont le monde jusque très tard dans la nuit, accompagnés de bonnes bouteilles de vin !  

Autour d’un bon déjeuner catalan, nous leur disons au revoir, quand eux partent à l’école et au travail et nous à l’assaut de la dernière ligne droite avant Barcelone ! Une belle descente nous mène sur la piste cyclable littorale. Certaines stations balnéaires nous interpellent par leur vétusté. Nous avons l’impression de traverser des no man’s land abandonnés à quelques encablures de villes à l’hôtellerie haut de gamme. Sur les conseils de David, nous dénichons une village qui a su conserver son charme d’antan pour notre déjeuner. La chaleur a pris le dessus, le sable est brûlant et Héloïse profitera d’un bain rafraîchissant.

Nous dénichons un dernier bivouac en sous bois entre des villas luxueuses avec vue plongeante sur l’océan avant de rejoindre les plages de Barcelone. Un bain de mer, un bain de foule avec en fond la Sagrada Familia. Nous remontons par un réseau moderne de pistes cyclades jusqu’à la célébre cathédrale. L’objectif est atteint, avec toujours sa petite touche d’émotion ! Nous discutons avec les familles catalanes, dégustons nos premiers churros au chocolat chaud et retrouvons nos amis Elena et Mina qui nous prêtent un appartement dans Barcelone. Merci infiniment. Surtout, elles nous font découvrir leur Barcelone, avec les anecdotes étudiantes d’Elena et son regard sur sa ville. Nous y sentons bien, avec dans les esprits des adultes des flashs de l’Auberge Espagnole que nous ferons d’ailleurs découvrir aux filles !

Barcelone nous ensorcelle avec les maisons psychédéliques de Gaudi, les forêts de colonnes de la Sagrada Familia, les mosaïques du Parc Güell. Nous déambulons au gré de nos envies dans la vieille ville, ou les quartiers excentrés pour retrouver une ambiance authentique, de bonnes tapas et un litre de chocolat à churros.

Dernière étape de notre voyage : le retour sur Ille-sur-Têt en train. Après quelques péripéties, des escaliers à Perpignan pour une correspondance de 5 min, c’est chose faite !

Nous avons adoré découvrir cette ville à l’ambiance détendue, la rejoindre à vélo à notre rythme, retrouver nos amis, en découvrir de nouveau. Un petit voyage pour continuer le grand et donner un avant goût de nos aventures estivales !

6 commentaires sur “Comme un air de voyage…

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  1. Un plaisir de retrouver Les Lamas Futés !
    Merci à Fanny de si bien nous faire partager votre rando catalane à 5 vélos, avec les descriptions, les rencontres, les sensations, les émotions… Tout cela accompagné des photos qui immortalisent votre escapade printanière.
    On attend le prochain chapitre avec vos aventures estivales 🙂

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  2. Grand plaisir de vous retrouver, de relire Fanny, de constater que vous avez toujours la forme et le bon goût de faire partager toutes vos si belles rencontres !!! Merci !
    Denise et Jean

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