Alors, ce bivouac?

Jeudi 12 septembre: nous quittons la maison de Stéphanie en début d’après-midi. Rapidement, nous nous retrouvons sur une route déserte toujours au milieu des forêts de pins. C’est bucolique…

Comme a l’accoutumée sur cette route côtière, nous enchaînons montées et descentes, à notre rythme, sous le soleil et sans qu’aucune circulation ne nous gêne. C’est idéal. Nous nous attendions cependant à croiser un petit commerce, mais non, pas d’habitations dans ce coin. Bientôt, nous repérons la piste bifurquant à droite vers les Arcos de Calan, notre bivouac du jour. Le chemin débouche face à l’océan, en longeant un marécage verdoyant. Il borde ensuite les dunes et nous faisons face aux paysages qui nous attendent pour les prochains jours: des escarpements ocres abrupts et verdoyants, plongeant dans l’océan. Les arbres balayés par les vents du sud forment une vague à l’assaut de la falaise.

Ça souffle bien depuis ce matin. Nous continuons notre approche tranquillement, profitant de chaque image que nous offre cet endroit reculé. Une dernière montée, un passage dans une porte naturelle… et nous découvrons d’immenses plages de sable noir, bordées de blocs granitiques dorés. Au loin, de nouveaux escarpements hérissés de plantes piquantes, les seules qui doivent résister aux intempéries locales.

L’endroit est sauvage, magnifique, isolé et paisible. Nous partons à la découverte des lieux. Des arches, des rochers, des criques, on déambule au hasard des passages possibles entre mur rocailleux ou vagues rebelles.

Au loin, sur un plateau de rochers, une forme en mouvement attire notre attention. Pas de doute, nous ne sommes pas seuls. C’est le paradis des Lions de mer. Nous tentons une approche, escaladons les dunes, les rochers, nous nous faufilons dans une gorge heureusement sèche à marée basse. Enfin nous les apercevons, se dorant au soleil, daignant parfois se redresser… Certains, partis pour un petit plouf, ne ménagent pas leurs efforts pour remonter sur leur plateforme. Une odeur pestilentielle nous prend à la gorge. Nous mettons cela sur le compte du guano blanchissant toutes les roches alentours… En fait, nous tombons nez à nez avec un lion de mer qui a fini sa course ici… Nous nous éloignons rapidement pour profiter du spectacle sans les odeurs, assaillis par les nombreuses questions d’Héloïse et de Lucie sur la fin tragique de cet animal. Nous ne cessons de nous émerveiller devant chaque anse découverte. C’est magique!!

Pour donner un peu de réalisme au récit et vous rassurer sur nos enfants, il faut quand même ajouter qu’Héloïse est fatiguée et a passé toute la journée à râler… Ne vous inquiétez pas, nos enfants restent des enfants même au bout du monde!!

Il est temps de monter la tente. Nous repérons une dune accueillante avec une vue magnifique. Le vent est puissant, nous avons quand même un doute… vite balayé par une rafale plus forte que les autres. La tente s’envole, on dirait les Dupont dans Tintin au pays de l’Or Noir… les sardines sont éparpillées dans le sable. Nous nous rabattons rapidement sur un pâturage (ou champ de bouses, comme les appelle Héloïse) à l’abri. Certes, nous n’avons pas la vue, mais l’assurance d’une nuit paisible.

L’horizon s’embrase, le soleil continue sa course au-delà de l’océan, tandis qu’une lune ronde et pleine se lève tranquillement au dessus des arbres. Le ciel se teinte d’un camaïeu de violet et de rose. Nous restons sans voie devant ce spectacle féerique…

Nous nous sentons tellement bien ici que nous décidons d’y rester deux nuits. Cela signifie aussi qu’il va falloir faire des sacrifices sur les rations. Nous n’avons pas beaucoup d’eau et peu d’aliments ne nécessitant pas de cuisson. Nous avons quand même l’essentiel, en tant que parents égoïstes…

Les filles s’accommodent volontiers de ces repas frugaux, et nous nous projetons dans les gueuletons à venir ou les bons repas que nous adorons en France. Nous passons la journée du lendemain à déambuler sur les plages et à escalader tous les rochers. Nous retournons voir notre colonie de lions de mer (étant donné que nous sommes seuls, nous nous la sommes un peu appropriée!!). Nous restons de longs moments à admirer ces animaux sauvages au cœur de leur milieu naturel.

Ils sont agiles dans les vagues, partent pêcher à tour de rôle et nous repérons même une petite famille dans l’écume. Sur notre droite, des oiseaux guettent, se chamaillent, décollent, reviennent dans une joyeuse cacophonie.

Le temps s’écoule paisiblement. Du haut de la falaise principale, nous dominons une immense anse. Léchant le sable noir, l’écume dessine un ruban argenté se renouvelant à l’infini.

Le sable est parsemé d’une multitude de carcasses de petits mollusques, vivant dans les rochers et dont les pêcheurs se servent comme appâts. Des mini-langoustines en quelques sortes.

Nous partons à la chasse aux coquillages, aux plumes et aux fleurs, inventons un concours de roulades pour les uns ou de sieste pour les autres. En fin de journée, des nappes de brouillard ajoutent une touche mystique à ces lieux reculés. Pour la deuxième soirée consécutive, le lever de lune illumine le bivouac et nous réchauffe l’esprit, à défaut de nous réchauffer les mains. Le vent du Sud reste glacial.

Au petit matin, le ciel est bien couvert comme annoncé. Le ventre léger, nous remontons en selle, après ces moments privilégiés passés dans cet endroit magique. Ensuite, le programme est de monter, descendre, remonter… notre quotidien quoi!!

Sur la route, peu de maisons… nous repérons enfin un petit magasin, que nous dévalisons: nous nous régalons directement sur le trottoir, d’un mélange original de fromage, de chips, de gâteaux et de Manjar (confiture de lait).

Le hameau de Buchupureo sera l’escale idéale pour un déjeuner plus équilibré: des churrascos, sorte de sandwich avec des filets de bœuf, des avocats et des tomates. Une variante des churrascas goûtées à Chanco, qui étaient des pains sans garniture mais bien épais et « muy rico ».

Les églises de pierre de Cobquecura seront notre ultime étape de la journée. Ces cathédrales naturelles étaient des lieux de culte traditionnel pour les indiens Mapuches. Les galeries principales nous permettent de déambuler sous une dalle rocheuse impressionnante. La vue au sommet nous offre un panorama sur le chemin parcouru. Nous discutons avec plusieurs familles en visite. Et rejoignons l’étape du soir, Cobquecura, au chaud et à l’abri de la pluie.

Ce soir, nous devons étudier l’itinéraire des prochaines semaines, car nous souhaitons rester près de l’océan, mais la ville de Concepcion est très compliquée, voire impossible à traverser en vélo… La nuit portera conseil.

Des photos supplémentaires sont à retrouver dans la Galerie Photo.

10 réflexions sur “Alors, ce bivouac?

  1. Christelle 29 septembre 2019 / 19:41

    Vraiment top ce bivouac. Bises.

  2. Julie Pagès 20 septembre 2019 / 10:38

    Fanny, votre aventure est superbe et m’émeut beaucoup. Cette respiration profonde, ce temps ouvert à toute contemplation et à tout petit plaisir me rappellent notre grand voyage à nous et me pousserait presque à en fabriquer un nouveau avec notre petite Lilia qui vient de fêter joyeusement et fièrement son premier an. Je pense fort à toi. Julie

  3. Karina 19 septembre 2019 / 10:56

    Bonjour Fanny, j’ai enfin pris le temps de découvrir ton blog et après avoir rattrapé le retard et tout lu … je trouve qu’il est très bien fait, c’est super de prendre le temps de l’alimenter avec vos péripéties et photos, ça nous donne l’impression de voyager un peu avec vous … Encore une fois bravo pour cette aventure, je suis juste admirative, depuis le temps que mon mari veut nous faire voyager en vélo, grâce à toi je vois les choses un peu différemment !!! Je t’embrasse toi et ta petite famille et j’attends avec impatience la suite … Bises, Karina

  4. Nadia Boschetti 17 septembre 2019 / 09:42

    Je voyage avec vous

    • Damien 20 septembre 2019 / 21:33

      Coucou Nadia! Merci pour le message. Ah l’hospitalité sud sud-américaine, tu connais bien je crois.

  5. Mat 16 septembre 2019 / 23:59

    Hello,

    Rio itata à traverser, il y a un bac?

  6. Christian 16 septembre 2019 / 11:18

    Correction . Le bivouac était mieux qu’en rêve. Qu’est ce que je relis : qu’ Héloise râle ; Non je ne vous crois pas , ce sont papa et maman qui étaient fatigués .
    Bisous

  7. Marc et Christine 15 septembre 2019 / 23:37

    Pas étonnant que vous soyez restés 2nuits dans ce lieu magique.
    Merci pour ce récit tellement bien écrit qu’on a l’impression de le vivre et merci aussi pour les photos qui le complètent à merveille.
    Merci les artistes

  8. MAT 15 septembre 2019 / 18:53

    Super bivouac! Vous avez bien trouvé votre endroit pour votre journée OFF. ( un gros bisous à Héloïse qui a peut être réussi à faire une grasse mat 🤔.)A voir les photos cela ressemble un peu au sémaphore ?…en plus sauvage , Les lions de mers en moins, bref c est peut les roches de granites qui me font penser à cela. En tout cas j arrive bien à suivre votre périple et il est 15 h45 en ce dimanche… il est largement l’heure de partir du camping de Los flamegos de Cobquecura ( j ai vu votre position sur la carte )👍. Comme tous les jours j attends la suite avec beaucoup de bonheur . Gracias para usted pour ce récit . C est bizarre que vous ne puissiez pas traverser la ville de conception en vélo…en même temps vous n y êtes pas encore, il reste quelques coups de pédales. Allez les lamas.il va falloir prévoir d installer une boîte à gourmandise accessibles pour les prochaines montées.gros bisous . Nous les enfants font grasse mat après soirée piscine et bbq chez nous un peu tardive. 🍻

  9. Christian 15 septembre 2019 / 18:26

    Finalement le bivouac s’est avéré mieux qu’en réalité. Magnifiques paysages , récits ,photos , on voyage au Chili avec vous . C’est pas la peine d’y aller !!!
    Plein de bisous

Laisser un commentaire