Tours et détours

Deux nuits et une journée de pluie et de grêle incessantes passées à l’abri d’une cabana improbable dans un le petit village de Nantuela. La température a chuté de 10 degrés. On rallume un feu, on travaille. Les propriétaires nous bichonnent avec salade et fraises du jardin, confitures de mûres maison et pain « amasado »! Et on se remet en route vers Futrono, sous un ciel bien gris…

Pour les deux nuits à venir, nous serons logés chez Tomas et Francisca, contactés via le réseau couchsurfing. Alors que nous attendons Tomas sous un déluge d’eau, Felipe, à vélo, s’arrête et nous propose de l’aide. Felipe a l’habitude de voyager à vélo avec sa famille. Nous discutons chaleureusement et décidons de nous revoir les jours prochains.

Nous passons deux très bonnes soirées chez Tomas et Francisca. Ce jeune couple revient d’un tour du monde et nous échangeons sur le voyage, l’Australie, la politique du Chili. Nous cuisinons à tour de rôle et ils nous préparent une délicieuse spécialité locale: le charquikan, à base de purée de légumes, de viande et d’œufs! Un délice, dont nous notons soigneusement la recette!

Ils nous laissent leur maison très agréable avec vue plongeante sur le lac. Le ciel est très menaçant. Des nappes de brouillard sombres se mêlent aux eaux argentées. Quelques rayons de soleil courageux transpercent les nuages pour illuminer les prairies verdoyantes! On se croirait en Ecosse!

Dans la journée, nous profitons de la chouette bibliothèque de Futrono. Les filles apprécient de retrouver de vrais livres.

Rencontre à nouveau fortuite à la bibliothèque, de Paulina et de sa fille Isabela, 3 ans. Après quelques minutes de discussions, nous réalisons qu’il s’agit de la femme et de la fille de Felipe! Après un bon moment partagé autour d’un café, nous nous donnons rendez-vous pour le lendemain soir. Nous profitons des éclaircies pour nous balader dans les rues de la ville, animée et accueillante.

Jeudi après-midi, Felipe nous accueille dans sa maison bleue, rue des volcans. Il est professeur d’anglais dans un collège voisin et Paulina cumule trois métiers, professeur de sport, cours d’alphabétisation et de cocahing. Paulina m’invite d’ailleurs au cours de Pilates qu’elle donne le soir même. Dur dur pour les abdos, mais quel bon moment! Tout de suite, nous nous sentons très bien avec cette famille chilienne qui nous ouvre sa maison avec autant de générosité.

Les discussions s’enchaînent, naturelles et simples, sur le vélo, le travail, la musique, passion de Felipe (batteur dans plusieurs groupes professionnels), la vie en général. Nous avons beaucoup de points communs malgré les différences culturelles et d’âges. Les filles sont heureuses de partager les jeux – et les jouets – d’Isabela!

Nous leur faisons découvrir des spécialités françaises: ratatouille, crumble, – pas très original !!- et sauce de veau. Et eux, des mets et boissons chiliens, dont le fameux pisco sour! Soirée très agréable autour d’un jeu de carte alors que les filles sont couchées.

La classe, Héloïse!!!

Dans la journée, nous profitons de la plage et ils nous initient au plaisir du maté partagé. Les filles en redemandent et ils nous offriront l’une de leur tasse ornée de vélos! Un cadeau très précieux que nous apprécions à sa juste valeur.

Felipe équipera aussi le vélo de Manon d’un petit rétroviseur. Elle est aux anges! Finalement, nous restons 4 jours chez eux, alternant les discussions, les jeux et les bons repas. Ils décident de nous accompagner dimanche sur notre prochaine étape, direction Llifen au bout du Lago Ranco. C’est donc une caravane – atypique à Futrono! – de 3 vélos, 2 tandems et une remorque qui se met joyeusement en route vers 12h30, pour aller déjeuner à Llifen, 20 kilomètres plus loin dans un restaurant Mapuche. Sous un soleil radieux, nous longeons les rives verdoyantes du magnifique lago Ranco, le deuxième plus grand du Chili. Il est parsemé d’une trentaine d’îles et d’îlots, lui donnant un charme particulier. Ses rives sont surplombées de falaises vertigineuses, couvertes d’une flore dense, de bambous et de fougères. Les cascades foisonnent! Nous savons qu’il nous reste peu de temps à passer avec nos 3 amis et faisons durer chaque instant. On se baigne, on joue sur la plage à construire une digue… Un dernier maté et un coucher de soleil flamboyant sur le lac. Le ciel s’embrase, les eaux sombres s’éclairent, nos cœurs, eux s’assombrissent à l’approche des au revoir. Nous décidons donc de nous retrouver dans les prochaines semaines et de nous organiser un nouveau week-end tous les 8!! Muchas gracias y hasta luego, los amigos!

Le lendemain, nous partons vers le lac Maihue, quelques kilomètres un peu plus au coeur des Andes. Nous aimerions en faire le tour, mais sur une partie, la route est incertaine. Elle semble s’arrêter pour se transformer en chemin apparemment impraticable en vélo. Ce passage existe pourtant selon notre application d’itinéraires… Nous tentons, et partons au pire pour un aller retour. Mais le cœur n’y est pas trop. C’est dur de se remettre en route seuls, après notre superbe semaine à Futrono. Nous réclamons Felipe, Paulina et Isabela. En plus, il y a ici et en Argentine une recrudescence d’un virus dangereux endémique de Andes, l’hantavirus transmis par un rat local. Le poste de santé nous conseille de faire attention et de camper dans des endroits habilités…. Encore faut-il trouver des campings ouverts! Après une journée de route au milieu des prairies, nous rejoignons les rives du lac Maihue, plus petit et encaissé que son voisin le lago Ranco.

Un panneau nous indique un camping. En fait, au Chili, les campings dans lesquels nous nous arrêtons se résument à un champ tondu par les moutons avec au fond une cabane pour les toilettes. Au mieux, il y a un robinet d’eau… Une famille nous « ouvre » le camping, c’est à dire nous donne la clé des toilettes. Et nous voilà partis pour une longue nuit et un grasse matinée. Nous avons veillé très tard ces derniers jours avec nos amis !

Les rives du lac sont abruptes et nous réservent de belles montées! Nous regrettons un peu notre grasse matinée, quand le soleil tape sur nos têtes sur la piste poussiéreuse et difficile. Nous nous élevons peu à peu au-dessus du lac. Le panorama nous encourage. Devant nous, les monts enneigés de la frontière argentine toute proche, et l’immense cratère du volcan Puyehue. Mais nous avançons très lentement, vers un but incertain.

Et à chaque mètre parcouru, nous pensons au trajet retour par cette même piste, si la voie est sans issue au bout du lac. Or, le doute est l’ennemi de la motivation. En haut d’une côte, conseil de famille autour d’une pause fruits secs: les filles veulent faire demi-tour. C’est dommage, nous venons de faire la montée la plus dure de la journée. Nous avons glané quelques renseignements en arrêtant les voitures croisées. Il semblerait qu’un bac existe, soit pour revenir en arrière, soit pour rejoindre la rive opposée du lac et ainsi court-circuiter le bout de chemin incontournable. Nous décidons de continuer, en promettant que si nous devons faire demi-tour, nous organiserons un pick-up ou trouverons une autre solution pour éviter la grosse montée du lendemain. Alors que nous descendons prudemment, nous croisons le directeur de l’école locale, qui me propose de m’amener en voiture au bout du chemin, vérifier la présence du bac et d’un endroit où camper! C’est parti et en quelque minutes, tous les renseignements sont pris: nous avons de la chance, il y a bien un bac qui par demain à 6h45 vers Carran sur la rive opposée, à quelques encablures de là. Pas de village en vue, ni de piste, même pas de maison, mais nous tentons le coup. Nous sommes à Rupumeica, une communauté Mapuche, perdue au milieu du Chili, loin de tout, sur une belle plage de sable noir offrant un panorama à 360 degrés sur le lac…

Le réveil à 5h30 nous offre un tranquille lever de soleil. Le ciel rosit, les oiseaux chantent. Il ne fait encore que 5 degrés (et nous ne sommes pas en altitude!) malgré l’approche de l’été. Nous roulons la tente détrempée par la rosée du matin, sans parler des duvets! A 6h45, il y a bien un bac et quelques autres passagers à pied et en moto.

La traversée est fraîche mais rapide et nous accostons sur une toute petite plage entourée de broussailles épaisses. Les autres passagers s’évanouissent dans la nature et la brume. On se demande un peu ce que nous faisons là et où cela nous mènera. C’est l’aventure!

La moto emprunte un petit chemin sablonneux à droite. Nous la suivons… Heureusement, la piste s’élargit un peu, toujours bordée par une forêt inextricable. Les graviers roulent sous nos pieds et nos roues. Pour une fois, nous poussons les vélos dans la fraîcheur du matin. Mais chaque pas nous demande des efforts importants! Dans ce décor sauvage, au détour d’un virage, la piste se met à suivre … un golf! Nous restons interdits devant l’incongruité d’un tel site ici… Peut-être encore une fois l’illustration des inégalités qui existent au Chili. Nous ne croiserons qu’un pick-up qui nous confirme que la route se poursuit bien jusqu’au village de Rininahue, sur les berges du lago Ranco. Il nous souhaite beaucoup de courage!!!! Nous continuons sereins et contents de ne pas avoir à faire demi-tour! Enfin, nous atteignons une sorte de plateau, et la piste devient praticable. En selle! Quelques efforts de montée et c’est enfin une descente toute douce au milieu des arbres aux fines écorces orangées…. jusqu’à un immense portail électrique! Nous nous trouvions en fait sur une propriété privée et bien gardée! Mais, nous sommes très fiers d’avoir réussi à faire « notre » boucle!

Nous pique-niquons en bord de rivière et demandons de l’eau au voisin, qui embaume bien l’alcool. Il part acheter du jus de pomme. Ca nous donne bien envie et nous en achetons un litre! Mais, nous aurions dû nous douter de quelque chose au vu de l’odeur d’alcool qui émanait de ce brave homme. Il s’agit en fait d’une sorte de jus de pomme fermenté très acide, aux relents d’alcool prononcés, et imbuvable pour les filles comme pour nous. Tant pis! Nous rejoignons enfin la très belle plage d’Arenal, de retour sur les rives du grand lago Ranco. Nous nous y posons à l’ombre des arbres pour un repos bien mérité! Le sable noir est parsemé de pierres ponces blanches volcaniques et très légères. On semble marcher sur du pop corn.

Encore un beau coucher de soleil, arrosé de maté! Nous sommes les spécialistes maintenant.

La nuit ne sera malheureusement pas de tout repos, avec Lucie qui délire sous l’effet d’une forte fièvre. Quand nous consultons le poste de santé du village voisin, il nous conseille d’aller faire des analyses de sang à Valdivia pour écarter tout risque d’hantavirus. Pour nous tranquilliser, nous suivons leur conseil et Fanny et Lucie partent pour la journée dans cette grande ville, à 200 km de là. Les premiers résultats sont négatifs et même si nous devons revenir pour les résultats définitifs lundi prochain, nous sommes soulagés. A la nuit tombée, Fanny et Lucie rejoignent l’équipe qui était restée à la plage, après un marathon de bus et de taxi.

Nous avons repéré un parc dans une ferme avec des tyroliennes à quelques kilomètres de là. Nous continuons donc notre tour du lac , toujours impressionnés par sa grandeur, ses falaises abruptes et ses îles.

Tout le monde a besoin de récupérer car Lucie a généreusement partagé ses microbes avec Fanny et Héloïse. Cette étape de repos et de jeux fait du bien à tout le monde, entre accrobranche, animaux de la ferme, lecture, sieste et barbecues. Nous nous régalons de fraises, cerises et petits pois frais. C’est le printemps avant Noël!!

12 réflexions sur “Tours et détours

  1. Camille 17 décembre 2019 / 15:35

    Miam!!! Héloise,tu me donnes envie de tes fraises.Gardes en quelques unes pour dans quelques jours.

  2. Anonyme 10 décembre 2019 / 23:14

    Nous on adore et on vous envie, prenez soin de vous. Plain debises de saint Drezery. Alain et Odile

    • Fanny 11 décembre 2019 / 02:37

      Merci encore pour vos commentaires toujours encourageants!! Prenez soin de vous. Bises

  3. Pat et Chlo 8 décembre 2019 / 17:25

    Hello tout le monde! Toujours super de vous lire! Nous espérons que tout le monde va mieux. Bises

    • Fanny 11 décembre 2019 / 02:36

      Coucou, merci à vous pour votre fidélité😉😉 !! Tout le monde a retrouvé la forme. J’espère que les enfants sont en forme et que la petite jeanne pousse bien. Plein de bises à vous 5

  4. firmin 8 décembre 2019 / 15:04

    impressionnant bravo pour cette belle aventure

  5. sandra 8 décembre 2019 / 10:43

    « on ne passe pas deux fois par le même chemin ! » 😉
    Encore un récit à suspens ! C’est vraiment un plaisir de vous lire !
    C’est quoi le « cocahing » ?

    • Fanny 11 décembre 2019 / 02:33

      Exactement Sandra !!!! Et pour le dernier mot, c’est une faute de frappe 🤣🤣. Il faut lire coaching. Merci pour tout!!! 😉😉😉 bises à tous et un énorme a coline.

  6. Roselyne Epailly 8 décembre 2019 / 10:25

    Impatiente de te lire Fanny;merci; toujours en communion avec vous tous. Allez en avant et bon Avent; bise

    • Fanny 11 décembre 2019 / 02:31

      Merci du fond du coeur rosy pour ta fidélité et ta bienveillance!!! Nous vivons ici de belles leçons de vie. Bel Avent à toi aussi et à toute la famille

  7. Mat 8 décembre 2019 / 06:24

    Hello, encore et toujours de belles rencontres avec des sacrés spots. Espérons que Lucie, Héloise et Fanny aient bien récupéré. Bien vu la traversée en bac. Take care. Un maté et au lit.

    • Fanny 11 décembre 2019 / 02:41

      Toujours au pied levé, Mathieu !! Merci pour cette interaction constante. Ca nous fait chaud au cœur!!! Nous avons retrouvé la forme. Énormes bises à vous 4!!!

Répondre à Fanny Annuler la réponse.